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[Note d'analyse EAI] Impossible de faire confiance aux États-Unis, la Chine est rejetée : existe-t-il une alternative ? Analyse des résultats de l'Enquête EAI 2026 sur les perceptions en Asie de l'Est

Catégorie
Commentaire et Note d'Analyse
Publié le
12 août 2026

Note de l'éditeur

Son Yul, chercheur émérite (Chair) à l'EAI (professeur à l'Université Yonsei), analyse en profondeur, à partir des résultats de l'Enquête EAI 2026 sur les perceptions en Asie de l'Est, la chute brutale de la confiance envers les États-Unis et la perception extrêmement accrue de la menace chinoise. L'auteur met en lumière le fait que des alternatives telles que la solidarité entre puissances moyennes ou l'autonomie de défense présentent encore des limites manifestes, si bien que la Corée n'aura d'autre choix, en fin de compte, que de s'adapter à la « nouvelle normalité » d'une Alliance Corée-États-Unis en voie de restructuration autour d'une logique transactionnelle. Le professeur Son recommande, pour surmonter ces difficultés diplomatiques, d'élaborer des cartes de négociation multidimensionnelles à l'égard des États-Unis, et de surmonter de toute urgence la polarisation partisane des questions de politique étrangère et de sécurité qui nuit à l'intérêt national.

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I. Introduction

Depuis la fin de la guerre de Corée en 1953 et le début de la relation d'alliance scellée par le Traité de défense mutuelle entre la Corée et les États-Unis, je ne sache pas qu'il y ait jamais eu de période où seulement 45,4 % des citoyens coréens considéraient les États-Unis comme un partenaire digne de confiance, où 47,5 % avaient une image favorable des États-Unis, et où seulement 15,8 % éprouvaient de la sympathie pour le président américain. C'est ainsi que, à l'été 2026, la perception qu'ont les Coréens des États-Unis s'est brutalement dégradée. L'évaluation actuelle des relations Corée-États-Unis est également faible, atteignant un niveau proche de celui des relations Corée-Chine. Les dirigeants ou décideurs de politique étrangère coréens sont désormais confrontés à une opinion publique qui exprime davantage de sympathie envers le Japon et son dirigeant (le Premier ministre) qu'envers les États-Unis, et qui manifeste envers la Chine un sentiment de menace et d'antipathie presque équivalent à celui ressenti envers la Corée du Nord. Si l'on ne peut faire confiance aux États-Unis et que l'on rejette la Chine, existe-t-il une alternative ? Quelles sont les implications politiques de cette opinion publique ? Quels sont les éléments à prendre en compte dans l'élaboration future des politiques ?

L'East Asia Institute (EAI) mène depuis 2013 une enquête annuelle sur les perceptions en Asie de l'Est. Parmi celle-ci, les items relatifs au Japon et aux relations Corée-Japon sont utilisés conjointement avec une institution partenaire japonaise dans le cadre d'une enquête réciproque sur les perceptions mutuelles des citoyens coréens et japonais, tandis que les résultats des items portant sur l'Asie de l'Est en général sont présentés dans le présent article. Les principaux résultats de l'analyse de 2026 sont les suivants.

Premièrement, la baisse record de la sympathie et de la confiance envers les États-Unis s'explique certes en partie par une aversion temporaire à l'égard du comportement imprévisible, incohérent et prédateur du président Trump, mais elle résulte également d'une méfiance structurelle à l'égard du déclin hégémonique américain, qui se traduit par une réduction sélective des engagements internationaux, un transfert unilatéral des charges vers les pays alliés, et une restructuration des relations d'alliance sur une base transactionnelle.

Deuxièmement, l'antipathie sans précédent envers la Chine tient largement à une aversion à l'égard du caractère national chinois, tout en s'accompagnant d'une perception de la menace qui a atteint un niveau comparable à celui de la Corée du Nord. La principale source de cette perception, les représailles liées au THAAD, demeure une menace de sécurité de facto, dans la mesure où la Chine a exigé, par le biais de sanctions économiques, une modification d'une décision de politique de sécurité coréenne (le déploiement du système d'armement THAAD). Par ailleurs, la perception d'une menace en matière de sécurité économique s'accroît également, la Chine étant perçue comme menaçant les fondements mêmes de l'économie coréenne par ses innovations technologiques dans des secteurs clés et son offensive commerciale à l'exportation.

Troisièmement, malgré une hausse relative de la sympathie et de la confiance à son égard, le Japon n'est pas perçu comme un substitut à l'actuel système d'alliance. L'opinion publique conserve une attitude prudente à l'égard d'une coopération en matière de sécurité avec le Japon, et le soutien à la coopération de sécurité trilatérale Corée-États-Unis-Japon a également légèrement diminué. Parallèlement, une attitude favorable se manifeste à l'égard d'un élargissement de la coopération économique, comme dans le cas d'une éventuelle « communauté économique Corée-Japon ».

Quatrièmement, l'option de la solidarité entre puissances moyennes, prônée par le Canada et les principaux pays de l'OTAN (le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne) comme alternative à la méfiance envers l'Alliance, ne trouve guère d'écho auprès des citoyens coréens. Ces derniers, habitués aux relations bilatérales avec les grandes puissances, se montrent quelque peu peu familiarisés avec l'idée d'une solidarité avec une tierce force. En outre, l'opinion nationale est divisée à l'égard du Japon, pourtant appelé à devenir le partenaire central d'une telle solidarité entre puissances moyennes.

Cinquièmement, si des thèses en faveur de l'autonomie de défense, telles que le transfert du commandement en temps de guerre et l'armement nucléaire, gagnent également en poids, les citoyens sont conscients de leurs limites. Bien qu'ils ne fassent pas confiance aux États-Unis, les Coréens choisissent finalement de rester dépendants de l'Alliance Corée-États-Unis. S'ils expriment un sentiment de malaise, de trahison et d'inquiétude devant le fait que les États-Unis considèrent l'Alliance comme une transaction (deal), ils montrent également une orientation consistant à accepter cette situation comme une « nouvelle normalité » et à s'adapter progressivement à un système d'alliance fondé sur la logique transactionnelle.

Enfin, confrontée à ces difficultés diplomatiques, la Corée se trouve, plus que jamais, dans une situation qui nécessite un consensus politique en vue de l'élaboration et de la mise en œuvre d'une stratégie nationale cohérente et durable ; or, la polarisation partisane persiste quant aux perceptions des principaux pays et à la politique étrangère. La possibilité d'une politisation des questions diplomatiques et d'une division de l'opinion nationale reste bien réelle.

II. La méfiance envers les États-Unis a fortement augmenté

L'image favorable des États-Unis auprès des Coréens s'est brutalement dégradée en 2026. Elle est passée de 72,8 % l'année précédente à 47,5 %, soit une baisse de pas moins de 25,3 points de pourcentage. Comme l'image favorable du Japon en 2026 est de 54,3 %, ce chiffre est même inférieur à celui du Japon ([Tableau 1]). Il s'agirait sans doute d'une situation sans précédent depuis la fondation de l'État. La cause principale, comme chacun peut le supposer, est le président Trump. Au fil de divers événements — imposition de tarifs douaniers punitifs fondés sur l'« Amérique d'abord » du second mandat de Trump, exigences d'investissements directs et d'augmentation des dépenses de défense, tentative d'annexion du Groenland perturbant l'ordre international, enlèvement du président vénézuélien Maduro, complicité tacite dans la répression israélienne à Gaza, invasion de l'Iran — l'image de la Corée à l'égard des États-Unis s'est rapidement dégradée. Les propos et actes prédateurs des États-Unis, qui n'avaient pas été pris en compte dans l'enquête d'opinion réalisée les 19 et 20 août de l'année précédente, se sont ensuite pleinement manifestés sur les plans économique et militaire, entraînant une chute brutale des chiffres.

[Tableau 1] Image des États-Unis (2023-2026)

[Tableau 2] Raisons de l'image défavorable des États-Unis (2025, 2026)

En revanche, l'image négative du président Trump s'est manifestée de façon spectaculaire dès l'enquête de l'année précédente. L'image négative est passée de 17,7 % pour Biden à 73,1 % pour Trump, avant d'augmenter légèrement cette année pour atteindre 77,4 %. Ce niveau dépasse même celui de l'image négative du président Xi Jinping (70,2 %). En revanche, l'image positive a chuté brutalement, passant de 50,9 % pour Biden en 2024, à 22,3 % pour Trump l'année dernière, puis à 15,7 % pour Trump cette année ([Tableau 3]).

La dégradation de l'image des États-Unis et celle du président américain ont entraîné une baisse de la confiance. Le taux de confiance, qui s'élevait à 85,1 % en 2022 sous l'administration Biden, a chuté à 46,4 % en seulement quatre ans, soit une baisse de près de 40 points de pourcentage, dont 19,9 points de pourcentage au cours de la seule dernière année.

[Tableau 3] Image du président des États-Unis (2023-2026)

[Tableau 4] Confiance envers les États-Unis (2017-2026)

Cette chute de la confiance envers les États-Unis ne se limite pas à la Corée mais apparaît comme un phénomène mondial. Selon les résultats d'un sondage réalisé en juin dernier par l'institut Pew Research auprès de 36 pays, le taux moyen de confiance envers les États-Unis s'élevait à 47 % et le taux moyen de sympathie à 37 %. Les pays connaissant les baisses les plus marquées sont notamment des alliés des États-Unis : le Canada est passé de 83 % en 2022 à 35 % en 2026, l'Allemagne de 83 % à 39 % sur la même période, la France de 62 % à 27 %, et le Royaume-Uni de 82 % à 49 %, tous connaissant une chute brutale (Pew, 23/06/2026). Cette baisse de confiance s'explique en partie par le « facteur Trump », mais elle relève également, d'un autre point de vue, d'un facteur structurel : à mesure que les États-Unis, en raison du déclin de leur hégémonie, réduisent leur engagement international et transfèrent ou délèguent unilatéralement, sur une base transactionnelle, les charges à leurs pays alliés, une aversion et une méfiance s'installent. Cela entraîne, à son tour, une baisse de confiance envers l'Alliance. Face à un Trump qui considère les relations d'alliance comme une transaction et les pays alliés comme des instruments, un allié dépourvu de « carte » à jouer pour négocier se retrouve confronté à une situation prédatrice (Walt 2026). Dans ce contexte, la carte que manient les pays de l'OTAN est celle de la Chine, c'est-à-dire qu'ils exploitent leur relation avec la Chine pour contrer le comportement prédateur des États-Unis en tant qu'hégémon.

III. La Chine n'est pas une alternative

Selon Pew Research, tandis que l'image des États-Unis se dégrade dans les principaux pays du monde, celle de la Chine s'améliore. En moyenne, sur les 36 pays étudiés, l'image favorable des États-Unis s'établit à 36 %, contre 46 % pour la Chine. Au Canada, la Chine devance les États-Unis (43 % contre 33 %), de même en Allemagne (33 % contre 27 %), en France (36 % contre 27 %) et au Royaume-Uni (46 % contre 41 %) — partout la Chine est en tête. On peut véritablement parler ici d'un « effet de retour de flamme » (blowback) à l'égard des États-Unis.

Un résultat similaire est apparu dans un sondage réalisé en février dernier par le magazine spécialisé en politique « Politico ». Politico a mené une enquête auprès du Canada, de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, principaux pays de l'OTAN, et il en ressort que les citoyens de ces pays considèrent tous la Chine comme un partenaire plus fiable que les États-Unis. Au Canada, 57 % estiment préférable de dépendre de la Chine plutôt que des États-Unis, contre 23 % de l'avis inverse ; on observe la même tendance en Allemagne (40 % contre 24 %), en France (34 % contre 25 %) et au Royaume-Uni (42 % contre 34 %). Bien entendu, ces résultats signifient qu'il devient difficile de continuer à dépendre des États-Unis, et non que la confiance envers la Chine se soit accrue (Politico, 15/03/2026). Néanmoins, la Chine a déployé des efforts pour élargir ses relations commerciales et d'investissement, profitant du fait que le langage et les actes coercitifs de Trump suscitent l'indignation des pays alliés. En conséquence, l'hiver dernier, le président français Macron, le chancelier allemand Merz, le Premier ministre britannique Starmer et le Premier ministre canadien Carney se sont tous rendus à Pékin et sont parvenus à des accords visant à étendre le commerce et l'investissement.

En revanche, la réaction des alliés asiatiques diffère. Parmi les 36 pays sondés par Pew Research, les pays où l'image de la Chine est moins favorable que celle des États-Unis sont Israël, le Japon, l'Inde, la Corée et les Philippines. À l'exception d'Israël, il s'agit là de pays qui perçoivent la Chine comme une menace géopolitique. Dans le cas de la Corée, l'antipathie envers la Chine se maintient, tout au long des années 2020, à un niveau proche de 70 %. Au cours de la dernière année, alors même que le gouvernement de Lee Jae-myung a mené une diplomatie d'équilibre envers la Chine et que le président Xi Jinping a effectué une visite en Corée après onze années d'absence, tandis que le président Lee tenait cette année son premier sommet à Pékin — consolidant ainsi des relations amicales entre chefs d'État —, l'antipathie du public envers la Chine a néanmoins augmenté de 7,3 % par rapport à l'année précédente. On peut donc dire que l'antipathie ou le sentiment anti-chinois est non seulement persistant, mais qu'il se renforce et se cristallise progressivement.

[Tableau 5] Image de la Chine (2019-2026)

[Tableau 6] Raisons de l'image défavorable de la Chine (2025, 2026)

D'où provient, chez les citoyens coréens, cette antipathie ou ce sentiment anti-chinois ? Plusieurs causes peuvent être envisagées : s'agit-il d'une aversion à l'égard de l'attitude et de la politique extérieures du gouvernement (ou des dirigeants) chinois, d'une aversion envers le système chinois lui-même, d'une perception de menace sécuritaire et économique émanant de la Chine, ou encore d'une antipathie (voire d'une aversion) à l'égard du caractère national des Chinois ? Selon le [Tableau 6], la principale source de l'antipathie envers la Chine réside dans l'aversion à l'égard du caractère national, suivie par le système de gouvernance à parti unique du Parti communiste, puis par la coercition et les représailles économiques chinoises. Ainsi, le caractère national, l'identité du régime et la perception de la menace apparaissent comme les principaux facteurs cités. Le [Tableau 7] permet d'examiner plus en détail la perception de la menace.

[Tableau 7] Pays/régions perçus comme une menace militaire pour la Corée (2013-2026)

Après la Corée du Nord, c'est la Chine que les citoyens coréens perçoivent comme une menace militaire. La proportion de ceux citant la Corée du Nord s'élève à 88,4 %, contre 78,9 % pour la Chine ([Tableau 7]). En observant la tendance des dix dernières années, la hausse concernant la Chine est particulièrement marquée. Les représailles liées au THAAD en 2016-2017 constituent une série de sanctions économiques systématiques et graduelles infligées par la Chine à la Corée, mais il s'agit en réalité d'un cas où la Chine a exigé, par le recours à des moyens économiques coercitifs, une modification d'une décision de politique de sécurité coréenne (la décision d'introduire le système d'armement THAAD). On peut donc considérer ce moment comme celui où les citoyens coréens ont véritablement commencé à percevoir la Chine comme un défi ou une menace pour leur sécurité. Avec la superposition de facteurs tels que le comportement coercitif de la Chine autour de l'apparition et de la gestion de la COVID-19 en 2020, et l'intensification de la perception d'une menace émanant de la Chine sur les chaînes d'approvisionnement, la perception de la menace s'est intensifiée, si bien que la Chine est désormais perçue par les citoyens comme un pays presque aussi menaçant que la Corée du Nord.

Comme le montre le [Tableau 8], à la question portant sur le sentiment de menace ressenti à l'égard de la Chine, le taux de réponses positives atteint pas moins de 85,6 %, un chiffre supérieur même aux 78,9 % obtenus dans le [Tableau 7] où plusieurs pays étaient proposés au choix. Parmi les raisons invoquées, la première est la coercition économique, telle que les représailles liées au THAAD (55,4 %), suivie de « parce qu'elle peut exercer une menace militaire réelle et directe contre notre pays » (37,9 %). Cela montre que les citoyens coréens ne ressentent pas seulement une simple antipathie ou aversion envers la Chine, mais bien une menace concrète. C'est pourquoi la confiance envers la Chine demeure également à un niveau faible, ayant chuté de 7,9 points par rapport à l'année précédente pour s'établir à 15,9 % ([Tableau 9]) et demeurer à ce niveau ([Tableau 10]). L'antipathie et le sentiment de menace envers la Chine entraînent ainsi une baisse de la confiance. On peut donc constater que, contrairement au mouvement observé chez les membres de l'OTAN, qui cherchent à réduire leur dépendance envers les États-Unis tout en renforçant leur dépendance envers la Chine, la Corée demeure hésitante quant à une coopération avec la Chine.

[Tableau 8] Niveau de menace que la Chine représente pour la Corée (2026)

[Tableau 9] Raisons pour lesquelles la Chine est perçue comme une menace (2026)

[Tableau 10] Confiance envers la Chine (2017-2026)

IV. L'Alliance Corée-États-Unis, en fin de compte ?

Alors que la confiance envers les États-Unis baisse et que la menace chinoise s'accroît, les citoyens coréens se trouvent dans une position délicate. En Europe et au Canada, où la méfiance envers les États-Unis a atteint son paroxysme, on estime que même si les engagements de sécurité américains venaient à se réduire, il serait possible, à long terme, d'acquérir la capacité de faire face à la menace existentielle que représente la Russie grâce à une solidarité entre les pays membres de l'OTAN autres que les États-Unis. Ces pays explorent en outre l'option d'utiliser la carte chinoise pour combler le vide relatif laissé par les États-Unis. La Corée, en revanche, bien que la confiance envers les engagements de sécurité américains diminue, ne dispose, hormis l'Alliance, d'aucun moyen efficace pour faire face à la menace existentielle que constituent les capacités nucléaires et balistiques nord-coréennes. Contrairement aux pays de l'OTAN, la Corée considère la Chine comme une force à la fois antipathique et menaçante, ce qui rend également difficile son utilisation comme instrument de couverture stratégique (hedging).

En fin de compte, le choix des citoyens coréens consiste à considérer qu'on ne peut faire confiance aux États-Unis, mais que l'Alliance Corée-États-Unis doit néanmoins être gérée et maintenue de manière stable. Comme le montre le [Tableau 11], 62,3 % des citoyens estiment que l'Alliance Corée-États-Unis peut garantir la sécurité. Parmi les 39,5 % des citoyens qui jugent difficile d'assurer la sécurité par la seule Alliance, la première mesure envisagée en réponse est l'autonomie de défense, c'est-à-dire l'autosuffisance par le renforcement des capacités militaires. Viennent ensuite le renforcement de la coopération avec des pays amis tels que le Japon et l'Europe, puis l'apaisement des tensions par une amélioration des relations avec la Corée du Nord ([Tableau 12]).

L'autonomie militaire fondée sur le renforcement des capacités de défense constitue un projet de long terme, et représente également, selon le degré de croissance économique future et les conditions budgétaires, une question politique nécessitant un consensus national. De plus, compte tenu du renforcement des capacités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord et de la tendance à l'expansion militaire de la Chine, l'« autonomie » en elle-même se révèle difficilement envisageable à court terme comme une véritable alternative. Néanmoins, comme le montre le [Tableau 13], à la question de savoir si « la Corée peut atteindre l'autosuffisance en matière de sécurité par le renforcement de ses capacités militaires dans les 3 à 4 prochaines années », 45,9 % des répondants estiment que cela est possible. Cette anticipation, en grande partie irréaliste, tout comme le soutien de près de 70 % de l'opinion publique en faveur de l'armement nucléaire, peut s'interpréter davantage comme l'expression d'une aspiration à l'autonomie sur le plan de la souveraineté que comme un jugement sur la faisabilité réelle ([Tableau 14]).

[Tableau 11] Suffisance de la sécurité assurée par l'Alliance Corée-États-Unis (2026)

[Tableau 12] Réponses nécessaires en cas d'insuffisance de l'Alliance Corée-États-Unis (2026)

[Tableau 13] Possibilité d'atteindre l'autonomie en matière de sécurité dans les 3 à 5 prochaines années (2026)

[Tableau 14] Soutien/opposition à l'acquisition de l'arme nucléaire par la Corée en cas de persistance de la menace nucléaire nord-coréenne (2025, 2026)

Cette opinion publique se manifeste également à propos du transfert du commandement opérationnel en temps de guerre. 52 % des répondants ont évalué positivement un transfert de ce commandement entre 2027 et 2028, invoquant comme raison principale « qu'il s'agit d'une évidence pour un État souverain » (57,8 %), suivi de « la nécessité d'une autonomie de sécurité par rapport aux États-Unis » (25,7 %), tandis que seuls 12,8 % ont estimé que « des préparations suffisantes sont réunies ». Quant aux raisons invoquées par les opposants, la plus fréquente (35,8 %) était que « les préparations ne seront probablement pas achevées d'ici 2027-2028 » ([Tableau 15], [Tableau 16]).

En somme, l'opinion publique coréenne illustre de manière éloquente une situation contradictoire : elle ne fait pas confiance aux États-Unis, mais n'a d'autre choix que de dépendre d'eux. Bien que la situation ait changé, le maintien et le renforcement de l'Alliance demeurent la priorité absolue de la diplomatie coréenne. Dans ces conditions, il devient nécessaire d'élaborer une stratégie visant à contraindre les États-Unis, qui recherchent désormais une alliance fondée sur la transaction plutôt que sur la confiance, à respecter leurs engagements d'alliance. Il s'agit de se doter de cartes permettant de négocier avec les États-Unis. Sans carte à jouer, les États-Unis se muent en hégémon prédateur. Par exemple, la raison pour laquelle la Corée n'a d'autre choix que de se plier aux exigences américaines d'investissements directs massifs réside dans la structure de négociation asymétrique découlant de sa dépendance excessive à l'égard des États-Unis.

[Tableau 15] Perceptions à l'égard du transfert du commandement opérationnel en temps de guerre (2026)

[Tableau 16] Raisons du soutien/de l'opposition au transfert du commandement opérationnel en temps de guerre (2026)

V. Pourquoi la tiédeur à l'égard de la solidarité entre puissances moyennes

Plus la dépendance militaire envers les États-Unis diminuera, plus le levier de négociation vis-à-vis des États-Unis augmentera ; toutefois, comme nous l'avons vu précédemment, l'autonomie militaire constitue un projet de long terme. Dans ces conditions, pourrait-on envisager, à l'instar des pays de l'OTAN, l'option d'accroître le levier de négociation par la coopération et la solidarité entre pays partageant les mêmes vues ? Comme le montre le [Tableau 12], lorsqu'on interroge les répondants sur ce qu'il conviendrait de faire si l'Alliance Corée-États-Unis ne parvenait pas à garantir la sécurité, ils citent, après l'autonomie militaire, l'option d'une solidarité avec le Japon, l'Australie et les pays amis européens, ainsi que l'apaisement des tensions par l'amélioration des relations inter-coréennes. Dans la mesure où la raison d'être de l'Alliance réside dans la menace nord-coréenne, il est clair qu'une amélioration des relations avec la Corée du Nord constituerait une option permettant d'atténuer l'instabilité de l'Alliance ; toutefois, les citoyens jugent cette possibilité peu probable. Une réaction similaire s'observe à l'égard de la solidarité dite entre puissances moyennes, en raison de la faible expérience acquise en matière de coopération significative en matière de sécurité avec des pays autres que les États-Unis. C'est notamment le cas de la coopération multilatérale ou pluri-multilatérale avec le Japon, partenaire de premier plan pour une éventuelle solidarité entre puissances moyennes.

[Tableau 17] Confiance envers les principaux pays (2017-2026)

Dans le cas de la Corée, le Japon constitue, pour ainsi dire, une constante en tant que partenaire avec lequel les intérêts communs sont importants lorsqu'il s'agit de rechercher une solidarité entre puissances moyennes dans divers domaines d'enjeux. En outre, comme nous l'avons vu précédemment, la sympathie envers le Japon a cette année dépassé celle envers les États-Unis (54,3 % contre 47,5 %), et comme le montre le [Tableau 17], l'écart de confiance entre le Japon et les États-Unis se réduit constamment. Le problème réside dans le fait que, en matière de sécurité, l'opinion publique coréenne demeure encore réticente à l'égard d'une coopération avec le Japon. Comme le montre le [Tableau 18], l'opinion selon laquelle la coopération sécuritaire avec le Japon « ne doit pas être poursuivie » ou doit être « limitée au niveau actuel » recueille 44,5 %, un chiffre presque équivalent aux 47,9 % en faveur d'un élargissement. En revanche, en ce qui concerne la coopération économique, la somme des avis favorables à une « réduction » ou au « maintien du niveau actuel » n'est que de 33,3 %, tandis que l'opinion favorable à un élargissement atteint 55 % ([Tableau 19]). On observe donc une divergence : une majorité favorable à l'élargissement de la coopération économique, mais des avis partagés sur la coopération sécuritaire. Dans le cas de la coopération sécuritaire trilatérale Corée-États-Unis-Japon, le soutien demeure élevé, à 66,2 %, mais il a diminué de 12 points par rapport aux 78,2 % de l'année précédente, tandis que l'opposition a augmenté de 12 points ([Tableau 20]). La principale raison de l'opposition invoquée est que cette coopération « fournit un prétexte justifiant le renforcement militaire du Japon », ce qui traduit bien la prudence manifestée à l'égard d'une coopération sécuritaire avec le Japon.

[Tableau 18] Coopération sécuritaire Corée-Japon en cas de crise en Asie de l'Est (2026)

[Tableau 19] Avenir de la coopération économique entre la Corée et le Japon (2026)

[Tableau 20] Position à l'égard de la coopération militaire et sécuritaire trilatérale Corée-États-Unis-Japon (2025, 2026)

Dans ces conditions, il conviendrait que la thèse coréenne de la solidarité entre puissances moyennes se déploie principalement dans les domaines non sécuritaires ou dans celui de la sécurité économique. Le champ de la diplomatie de solidarité entre puissances moyennes présente généralement une configuration de géométrie variable (variable geometry) : cela signifie que l'ensemble des puissances moyennes partageant des inquiétudes, un sentiment de crise et des intérêts communs, ainsi que la structure de cet ensemble, varient selon les enjeux considérés. On peut citer, par exemple, un ensemble favorable au libre-échange, un ensemble de coordination en matière de sécurité économique portant sur la coopération relative aux chaînes d'approvisionnement de minéraux stratégiques, ou encore un ensemble de coopération numérique lié à l'intelligence artificielle. Dans ces domaines, il serait possible de forger, par la solidarité et la coopération, des cartes permettant d'accroître le pouvoir de négociation face aux États-Unis.

VI. La polarisation partisane des questions diplomatiques persiste

Enfin, en tant que problème structurel de la diplomatie coréenne, qu'en a-t-il été, au cours de la première année du gouvernement Lee Jae-myung, du phénomène de polarisation partisane entre la majorité et l'opposition ? Le phénomène par lequel les questions diplomatiques deviennent, entre camps conservateur et progressiste, l'objet de controverses politiques, provoquant une division de l'opinion nationale et affaiblissant le pouvoir de négociation extérieur, s'intensifie parallèlement à la polarisation de la politique coréenne (Son Yul, 2025). Cette enquête montre que, malgré l'alternance politique entre majorité et opposition, la tendance existante se maintient. Bien que le gouvernement Lee Jae-myung ait affiché un pragmatisme et repris, dans une large mesure, l'orientation du gouvernement précédent — provoquant ainsi une convergence des politiques —, la division de l'opinion publique demeure inchangée. Dans le cas de la perception à l'égard des États-Unis, la réaction des citoyens coréens face à l'attitude unilatérale et prédatrice des États-Unis de Trump est nettement partisane. Comme le montre le [Tableau 21], à la question portant sur la confiance envers les États-Unis, le camp progressiste affiche un taux de confiance de 21 %, contre 51,5 % pour le camp conservateur, soit un écart de 30,5 points de pourcentage entre les deux camps. La confiance envers le Japon présente également un écart de 37,4 points de pourcentage entre les deux camps (17,5 % pour le camp progressiste contre 54,9 % pour le camp conservateur). En revanche, concernant la Chine, l'écart entre les camps se réduit relativement : il est de 20,9 points, avec 47,4 % pour le camp progressiste et 26,5 % pour le camp conservateur. On observe que la confiance envers la Chine a augmenté au sein du camp progressiste depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement actuel, ce qui contraste avec le fort sentiment anti-chinois observé au sein de l'opinion publique générale.

Ce qui est intéressant, c'est l'évaluation partisane portée sur des politiques spécifiques. Concernant le transfert du commandement opérationnel en temps de guerre, l'évaluation positive s'élève à 42,8 % au sein du camp progressiste, contre seulement 23,9 % au sein du camp conservateur, tandis que l'évaluation négative atteint 59,8 % chez les conservateurs contre seulement 9,3 % chez les progressistes, marquant un contraste saisissant. Par ailleurs, comme le montre le [Tableau 22], l'évaluation par le camp progressiste de la politique du gouvernement coréen à l'égard du Japon, jusqu'alors constamment négative, a bondi cette année à 54,8 % depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Lee Jae-myung, soit une hausse de pas moins de 36,8 points de pourcentage par rapport aux 18 % de l'année précédente. Le gouvernement Lee Jae-myung, se réclamant d'une diplomatie pragmatique, a fait de l'amélioration des relations Corée-Japon la pierre de touche de cette orientation. Le président Lee a exprimé l'idée qu'il n'était pas souhaitable de revenir sur des engagements interétatiques concernant l'accord sur les « femmes de réconfort » et la question du travail forcé, allant même jusqu'à déclarer qu'il ne fallait pas laisser un attachement excessif aux questions historiques faire obstacle à la coopération, maintenant ainsi une orientation politique perpétuant la politique du gouvernement précédent à l'égard du Japon. Le camp progressiste, qui s'était fortement opposé au gouvernement de Yoon Suk-yeol malgré une orientation politique identique, a ainsi opéré un revirement pour devenir fortement favorable. De même, le camp conservateur, à l'égard du gouvernement actuel qui perpétue pourtant la ligne pragmatique du gouvernement Yoon, est passé d'un fort soutien à une forte opposition (65 % → 36 %).

En fin de compte, la tendance, propre à l'affrontement entre camps, à s'opposer aux politiques du camp adverse tout en soutenant inconditionnellement les politiques de son propre camp, se reflète également pleinement dans les questions diplomatiques. On observe en particulier une tendance à privilégier le blocage ou le dénigrement des résultats obtenus par le camp opposé, plutôt que la promotion de l'intérêt commun (= l'intérêt national).

[Tableau 21] Proportion progressiste-modéré-conservateur selon les réponses sur la confiance envers les États-Unis, la Chine et le Japon (2026)

[Tableau 22] Évaluation de l'attitude du gouvernement coréen à l'égard du Japon, par orientation idéologique (2023-2026)

VII. Conclusion

L'opinion publique révélée par l'Enquête EAI 2026 sur les perceptions en Asie de l'Est laisse entrevoir un entrecroisement de méfiance et d'inquiétude. La confiance envers les États-Unis est ébranlée, et la méfiance en matière de sécurité envers le Japon persiste également. Tout en percevant la Chine comme antipathique et comme une menace existentielle, l'opinion publique souhaite un équilibre entre les États-Unis et la Chine, tout en apportant simultanément un soutien accru aux thèses de l'autonomie de défense, telles que le transfert du commandement opérationnel et l'armement nucléaire. Cette évolution des perceptions ne saurait être considérée comme un phénomène passager apparu au cours de la seule dernière année. La baisse de confiance envers les États-Unis ne reflète pas seulement une aversion temporaire envers Trump, mais accompagne également une transformation structurelle de la relation d'alliance ; de même, la menace chinoise résulte d'une transformation fondamentale de la structure internationale. En outre, la hausse relative du Japon, tant sur le plan de la sympathie que de la confiance, est elle aussi un phénomène redevable à cette transformation de la dynamique internationale.

Au cœur de cette nouvelle normalité se trouve le passage d'une conception de l'alliance fondée sur la confiance à une conception fondée sur la transaction. Bien que les citoyens ressentent un malaise, un sentiment de trahison et une forte inquiétude devant le fait que les États-Unis considèrent l'Alliance comme une transaction (deal) et les pays alliés comme des instruments, il ne s'agit pas là d'un choix, mais d'une question d'adaptation. À cet égard, la politique d'alliance se ramène à une tâche politique consistant à se doter de cartes de négociation en vue de la transaction. Dans cette enquête, en tant que mécanisme complémentaire à l'Alliance, ou en tant que levier vis-à-vis des États-Unis, ont été cités à la fois la carte de l'autonomie militaire et celle de la solidarité entre puissances moyennes avec le Japon, l'Australie et l'Europe. Il convient de préparer minutieusement un plan permettant que le renforcement futur des capacités militaires se traduise en un véritable levier vis-à-vis des États-Unis, et il convient également de poursuivre, comme carte prometteuse, une diplomatie de solidarité entre puissances moyennes visant à étendre les réseaux pluri-multilatéraux, à l'image du Canada et de l'Europe.

Enfin, il convient de souligner le risque de division interne. Pour surmonter ce monde de méfiance, il est nécessaire d'élaborer une stratégie diplomatique dotée de cohérence et de continuité. Bien que le gouvernement Lee Jae-myung poursuive une démarche diplomatique transpartisane sous la bannière de la diplomatie pragmatique, des divergences persistantes de perceptions et de politiques entre les camps demeurent sous-jacentes. La Corée a accumulé les capacités propres à une puissance militaire figurant parmi les dix premières au monde, à une économie avancée et sophistiquée dotée de technologies de pointe, et à un pays pionnier séduisant en matière de culture populaire. Cependant, si la polarisation partisane sur les principales questions diplomatiques divise l'opinion nationale et accentue la politisation des questions diplomatiques, la Corée ne pourra exercer une influence diplomatique à la hauteur de sa puissance nationale, et finira par accepter une atteinte à ses intérêts nationaux. Surmonter la polarisation partisane constitue non seulement une condition du rétablissement de la gouvernance démocratique, mais aussi une condition essentielle au renforcement du rôle et de l'influence extérieurs de la Corée. ■

Bibliographie

Son Yul, [Série Polarisation et démocratie coréenne] n° 9, Polarisation et politique étrangère. EAI Working Paper, 19 février 2025.

Pew Research Center, « Trump Gets Negative Reviews Internationally as Fewer Say U.S. Is a Reliable Partner », 23 juin 2026. https://www.pewresearch.org/global/2026/06/23/trump-gets-negative-reviews-internationally-as-fewer-say-u-s-is-a-reliable-partner/?_gl=1*129lm2k*_up*MQ..*_gs*MQ..&gclid=Cj0KCQjw-MDTBhCgARIsAKAkdlSKtsjbggB7_I_BLW69DCgg1p1vYAOq2DojB0fXkJbRHDSpDjFOyLkaAgoZEALw_wcB&gbraid=0AAAAA-ddO9FsydUC2iYNrUCh8odFt46Ei

The Politico Poll, « Top US allies are turning toward China instead. Blame Trump. », 15 mars 2026. https://www.politico.com/news/2026/03/15/trump-china-europe-closer-ties-00823457

Walt, Stephen. « The Predatory Hegemon », Foreign Affairs, 15 février 2026. https://www.foreignaffairs.com/united-states/predatory-hegemon-walt

Son Yul_Chercheur émérite (Chair) à l'EAI ; professeur à la Graduate School of International Studies de l'Université Yonsei.

■ Responsable et édition : Lee Sang-jun_Chercheur à l'EAI
Contact : 02 2277 1683 (poste 211) | leesj@eai.or.kr

Pièces jointes

  • 손열_미국은 못 믿겠고 중국은 싫다 대안은 있나_260812_EAI이슈브리핑.pdf

*Ce texte est une traduction par IA d'un original rédigé en coréen. Certaines traductions ou nuances peuvent être inexactes.

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