Le Rassemblement National (RN) franchit le seuil du Sénat, mais son récit de dédiabolisation vacille
Résumé exécutif
Lors des élections sénatoriales françaises, le Rassemblement National (RN), aux côtés de son allié l'Union des Droites pour la République (UDR), a obtenu au moins 14 sièges, formant un groupe parlementaire pour la première fois de son histoire. Plutôt qu'un renversement de pouvoir, ce résultat est évalué comme une entrée dans l'establishment politique en forçant la forteresse du système électoral local indirect — le fruit d'une stratégie cumulative d'implantation locale. Cependant, immédiatement après le scrutin, des révélations de messages antisémites datant de 2013 ciblant Jordan Bardella ont émergé, ébranlant les fondements mêmes du récit de « dédiabolisation » du RN, pourtant central dans sa stratégie de conquête du pouvoir. Alors que son actif structurel (son statut au Sénat) et son actif narratif (sa stratégie d'image) évoluent à des rythmes différents, le paysage de l'élection présidentielle de 2027 et le plan de succession de Marine Le Pen pourraient être redessinés en fonction des procédures judiciaires et de l'évolution de l'opinion publique. Étant donné que la France est un État membre clé de l'UE et un participant au commandement militaire intégré de l'OTAN, la montée du RN pourrait avoir un impact sur les politiques envers la Russie et sur la ligne d'autonomie stratégique européenne, ce qui nécessite un suivi attentif des tendances de l'UE et du paysage de la sécurité européenne.
I. Analyse de la question d'actualité
Le Pen franchit le Sénat, mais le sol se dérobe sous Bardella
Un seuil franchi grâce à 14 sièges, mais pas de bouleversement tectonique
Lors des élections sénatoriales françaises qui se sont tenues le 27 septembre, le Rassemblement National (RN) et ses alliés ont obtenu au moins 14 sièges sur 348[1]. Bien que ce chiffre ne soit pas élevé en soi, sa signification change si l'on considère que le seuil requis pour former un groupe parlementaire au Sénat est de 10 sièges. Le RN a franchi ce seuil pour la première fois depuis sa fondation[1]. Le président du parti, Jordan Bardella, a annoncé que le parti avait formé un groupe parlementaire en partenariat avec l'Union des Droites pour la République (UDR), dirigée par Éric Ciotti. Edwige Diaz a été désignée comme présidente de ce groupe parlementaire.
Marine Le Pen a qualifié ce résultat d'« au-delà de ce que nous pouvions espérer »[4]. Elle a parlé d'une « victoire historique » et d'une « percée » qui accélère l'entrée de l'extrême droite dans le paysage politique traditionnel[4]. Cependant, si l'on examine la composition globale du Sénat, Les Républicains (LR) restent la force principale, suivis par le groupe socialiste et la coalition centriste. Le RN s'est simplement hissé au rang de force majeure au Sénat, aux côtés de la coalition centriste de Macron et des socialistes[4]. Le ton général de la couverture médiatique locale est que cela représente une entrée dans l'establishment politique plutôt qu'un renversement de pouvoir.
Pour comprendre ce résultat électoral, il faut examiner la nature unique du Sénat en tant qu'institution. Les sénateurs français ne sont pas élus au suffrage universel direct, mais par un scrutin indirect via un collège électoral d'élus locaux. Traditionnellement, en raison de la forte proportion de représentants des zones rurales et des petites et moyennes communes, le Sénat a été considéré comme une structure difficile d'accès pour les forces émergentes comme le RN. Le fait que le RN ait formé un groupe parlementaire dans une telle chambre est interprété comme le signe que le parti ne se limite plus aux grandes villes et aux populations plus jeunes, mais qu'il a commencé à s'enraciner dans les réseaux politiques locaux.
Controverse sur les messages antisémites : fissures dans la stratégie de dédiabolisation
Un article publié trois jours après l'élection a ébranlé les fondements stratégiques du RN. Le 28 septembre, le média d'investigation Mediapart a révélé des conversations par messagerie instantanée datant de 2013 qui appartiendraient à Bardella, alors jeune militant du Front National (FN)[11]. Bardella a immédiatement nié ces allégations, les qualifiant de « grossière manipulation »[11]. Il a décrit la situation comme une « entreprise de déstabilisation globale » visant la campagne présidentielle de Le Pen pour 2027[15].
Mediapart n'a pas reculé. Le 1er octobre, le média a publié d'autres extraits des conversations de 2013, affirmant qu'ils avaient été authentifiés par Meta et par un huissier de justice[13]. En réponse, le RN avait initialement répliqué qu'il s'agissait d'une « campagne de diffamation infondée », mais le média a pour l'essentiel fourni les « preuves » en question[13]. Le camp de Bardella maintient qu'il va déposer une plainte pour faux et diffamation. Le Pen a qualifié l'incident de « barbouzerie », maintenant un cadre d'explication complotiste.
Le président Emmanuel Macron a également pris position directement. Le 30 septembre, il a qualifié d'« extrêmement graves et inacceptables » les allégations de propos antisémites visant Bardella[15]. Il est inhabituel pour le président de commenter publiquement un scandale personnel impliquant un chef de l'opposition. Cela traduit un consensus au sein de la classe politique sur le fait que cette affaire n'est pas un simple fait divers, mais qu'elle pourrait affecter l'ensemble du paysage de l'élection présidentielle de 2027.
Il existe une autre raison pour laquelle cette controverse est fatale. Bardella s'était efforcé de redéfinir l'image du RN, notamment lors d'une conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme qui s'est tenue à Jérusalem en mars 2025, où il avait imputé la résurgence de l'antisémitisme à l'intégrisme islamique et à l'extrême gauche radicale. Al-Monitor a souligné que ces révélations sont apparues au moment même où le RN « cherchait à se défaire de son image raciste et à nouer des liens étroits avec Israël »[11]. Le visage symbolique de la stratégie de dédiabolisation est désormais ébranlé par des allégations qui contredisent précisément cet effort.
L'élection présidentielle de 2027 : deux scénarios coexistants
Les sondages indiquent une avance de Le Pen. Dans un sondage Toluna Harris Interactive réalisé du 22 au 24 septembre pour M6 et RTL, Le Pen était créditée de 35 à 36 % des voix au premier tour, en hausse par rapport aux 33 % enregistrés dans un sondage du 14 septembre[7]. Jean-Luc Mélenchon, de la formation d'extrême gauche La France Insoumise (LFI), était projeté à 17-18 % comme son adversaire probable au second tour[7]. L'ancien Premier ministre Édouard Philippe, favori du camp centriste, ne recueillait que 13 à 16 %, rendant incertain son accès au second tour[7].
Dans ce cadre, la question de l'éligibilité de Le Pen demeure une variable. En juillet, la cour d'appel de Paris a réduit la peine d'inéligibilité de Le Pen à 45 mois (dont 30 mois avec sursis). Bien que sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 soit devenue possible, elle devrait faire campagne en portant un bracelet de surveillance électronique. Si Le Pen se trouvait finalement dans l'incapacité de se présenter, l'attente était forte, tant au sein du parti qu'à l'extérieur, de voir son « successeur », Bardella, reprendre la candidature. La controverse actuelle sur l'antisémitisme ébranle directement la crédibilité de cette option de « Plan B », avec des implications qui dépassent de loin un simple scandale personnel.
La concurrence au sein du camp conservateur est également une variable. Bruno Retailleau, des Républicains (LR), s'est imposé comme candidat à la présidence après avoir obtenu le soutien officiel du bloc conservateur européen lors de l'assemblée du Parti Populaire Européen (PPE) qui s'est tenue à Toulouse le 28 septembre[16]. Dans un entretien au Monde, il a déclaré : « Le problème de l'Europe, c'est qu'elle a donné aux gens le sentiment que la démocratie est contournée », suscitant la controverse au sein même du PPE avec des promesses qui contestent la primauté du droit de l'UE[16]. Cela indique qu'une tendance à contester le fonctionnement de l'Union européenne se développe simultanément non seulement au sein du RN, mais aussi chez les conservateurs de la ligne dure au sein de LR.
Intérêts des acteurs clés
Le Rassemblement National (RN) : Le Pen cherche à utiliser la constitution du groupe parlementaire au Sénat comme un élan pour sa candidature présidentielle[4][1]. Bardella se trouve dans une position où il doit à la fois se défendre contre les accusations d'antisémitisme et construire des relations avec Israël[11]. En interne, la tâche immédiate du parti est de gérer la crédibilité du « plan de succession » préparé face au risque d'inéligibilité de Le Pen.
Le président Macron et le camp centriste : Macron est intervenu directement sur les accusations visant Bardella, les qualifiant d'« extrêmement graves », dans une tentative apparente de porter un coup d'arrêt à la stratégie de dédiabolisation du RN[15]. Dans un dossier spécial sur le « démantèlement du macronisme », Le Monde a décrit les obsèques du sénateur François Patriat en août 2026, un proche allié de Macron, comme une scène symbolique du déclin du macronisme[14]. Cela traduit l'idée que l'affaiblissement des bases militantes du camp centriste se produit parallèlement à l'entrée du RN dans l'establishment politique.
Les Républicains (LR) et Bruno Retailleau : Tout en conservant son statut de première force au Sénat, Retailleau consolide sa position de candidat conservateur à la présidence en obtenant le soutien officiel du PPE[16]. Sa position contestataire sur la primauté du droit de l'UE reflète un sentiment eurosceptique qui, bien que distinct du RN, le rejoint en partie.
Mediapart : Assumant le rôle de vérificateur des déclarations passées des dirigeants du RN par le biais du journalisme d'investigation, le média a cherché à renforcer la crédibilité de ses révélations en divulguant les procédures d'authentification impliquant Meta et un huissier de justice[13].
Mélenchon (LFI) : Seul candidat du camp de l'extrême gauche projeté comme un prétendant potentiel pour le second tour, la perspective d'un duel Le Pen-Mélenchon symbolise en soi l'affaiblissement du système bipartisan traditionnel en France (Les Républicains et le Parti Socialiste)[7].
Questions centrales : Entrée simultanée dans l'establishment et crise de crédibilité
Le problème de fond réside dans la convergence simultanée de ces deux tendances. D'une part, le RN a franchi une étape structurelle majeure en formant un groupe parlementaire au Sénat. D'autre part, la crédibilité personnelle de la figure clé qui a porté cette réussite est ébranlée par des accusations d'antisémitisme. Si ces deux dynamiques divergent, l'éventualité d'un réajustement global de toute la stratégie présidentielle du RN ne peut être exclue.
Cette recomposition de la politique intérieure française a des répercussions au niveau de l'UE. La France, aux côtés de l'Allemagne, est un État membre central considéré comme l'un des deux piliers du fonctionnement de l'UE. Si le RN élargit son ancrage institutionnel au Sénat et consolide son statut de favori pour l'élection présidentielle de 2027, la position de la France sur la primauté du droit de l'UE ou les discussions sur l'autonomie stratégique pourraient évoluer[16]. Alors que la remise en cause de la primauté du droit européen par Retailleau et l'euroscepticisme traditionnel du RN convergent, les variables se multiplient dans la manière même dont les politiques sont coordonnées au sein de l'UE.
Cette évolution est également susceptible d'influencer indirectement les orientations politiques européennes concernant la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Le Carnegie Endowment for International Peace a souligné que les forces d'extrême droite progressent simultanément dans toute l'Europe — notamment le RN en France, Vox en Espagne et le nouveau parti de Vannacci en Italie — et observe de près si cette tendance entraînera des changements dans la politique européenne à l'égard de la Russie[5]. Étant donné que le RN a traditionnellement adopté une position bienveillante envers la Russie, cette question est également liée de manière indirecte au paysage politique intérieur russe. Un événement institutionnel unique comme la formation d'un groupe parlementaire au Sénat ne résoudra pas immédiatement ces trois aspects. Cependant, parce que cet événement révèle une facette de la transition structurelle plus large qui va se déployer d'ici 2027, il demeure un indicateur indispensable pour suivre les tendances de l'UE.
II. Analyse approfondie de la question
Les courants profonds sous le Sénat : trois structures expliquant la poussée du RN
Pourquoi la forteresse du système électoral indirect a été forcée
Le Sénat français était à l'origine une institution conçue pour désavantager l'extrême droite. Les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens. C'est un collège électoral composé de députés, de conseillers régionaux et départementaux, et surtout de délégués des communes municipales qui les élit. Cette structure, qui attribue la représentation par commune plutôt que proportionnellement à la population, surreprésente les votes des petites communes rurales. C'est pourquoi le RN s'est longtemps plaint de ce collège électoral sénatorial, le qualifiant de « forteresse de la République ».
Les facteurs expliquant les fissures de cette forteresse sont multiples. Le moteur le plus direct est la stratégie d'implantation locale que le RN poursuit depuis la fin des années 2010. Sous la direction de Bardella, le RN se distingue de l'ancien FN, qui se concentrait uniquement sur les élections nationales comme les présidentielles et les législatives. Il a choisi une stratégie consistant à accroître régulièrement ses sièges dans les conseils municipaux et régionaux afin de modifier la composition même du collège électoral. Les 14 sièges obtenus cette fois-ci doivent être considérés comme le résultat cumulé de ce travail de terrain. Cela montre qu'il s'agit d'un prolongement d'un enracinement local plutôt que d'une tendance politique éphémère.
Le second moteur est l'érosion de la droite traditionnelle. Les Républicains (LR) ont conservé leur statut de première force au Sénat[4]. Cependant, il existe une tendance claire au sein de LR à brouiller les frontières avec le RN. Le prétendant à la présidence pour LR, Bruno Retailleau, a déclaré lors de l'assemblée du PPE que « l'Europe a donné aux gens le sentiment que la démocratie est contournée »[16]. Le fait que sa proposition contestant la primauté du droit de l'UE ait suscité la controverse au sein du PPE démontre que la distance discursive entre la droite traditionnelle et l'extrême droite se réduit[16]. Cela ouvre un espace permettant au RN de mordre sur l'électorat de LR.
Le processus de dédiabolisation et ses vulnérabilités
La stratégie du RN pour entrer dans le paysage politique traditionnel peut se résumer en un seul terme : la « dédiabolisation ». Il s'agit de l'effort de reconstruction d'image mené par Marine Le Pen et la génération Bardella pour rompre avec le racisme affiché de Jean-Marie Le Pen. L'une des cibles clés de cet effort a été la communauté juive. Bardella a assisté à la conférence internationale sur la lutte contre l'antisémitisme à Jérusalem en mars 2025, où il a attribué la résurgence de l'antisémitisme à l'intégrisme islamique et à l'extrême gauche radicale. Établir des relations avec Israël était un mécanisme central pour le RN afin de se présenter comme un « parti normal ».
Cependant, ce mécanisme est structurellement vulnérable. En effet, la dédiabolisation s'apparente davantage à une dissimulation du passé du parti qu'à son effacement. Les conversations par messagerie instantanée de 2013 révélées par Mediapart sont les traces de ce passé occulté — plus précisément, de l'adolescence de Bardella en tant que jeune membre du FN[11][13]. Malgré le démenti catégorique du RN, qualifiant l'affaire de « grossière fabrication »[11], la crédibilité de leur réfutation a été ébranlée lorsque le média a publié d'autres extraits authentifiés par Meta et un huissier de justice[13]. Les commentaires directs et inhabituels du président Macron sur un scandale personnel touchant un chef de l'opposition, qualifiant les faits d'« extrêmement graves et inacceptables »[15], traduisent également un consensus sur le fait que cette affaire n'est pas un simple fait divers mais qu'elle vise l'ensemble du récit d'intégration du RN dans le jeu politique.
Sur le plan structurel, ce problème n'est pas propre au RN. De nombreux partis d'extrême droite européens sont confrontés à un dilemme similaire : la tension entre l'héritage raciste des générations passées et le projet de « normalisation » de la génération actuelle. Ce schéma est évident dans les débats sur la filiation fasciste de Frères d'Italie (Fratelli d'Italia) et les liens présumés de l'AfD allemande avec les milieux néonazis. L'analyse du Carnegie Endowment for International Peace associe Vox en Espagne et le nouveau parti de Vannacci en Italie pour identifier la droitisation de l'Europe comme une tendance unique[5]. Ce qui rend le cas du RN singulier, c'est que la faille a été révélée par les écrits d'adolescence du président du parti lui-même. S'agissant d'une attaque contre un individu plutôt que contre l'organisation, elle est plus difficile à parer.
Entre 2017 et 2027 : structures répétitives et variables modifiées
Lors de l'élection présidentielle française de 2017, Marine Le Pen a atteint le second tour mais a été limitée à environ 34 % des voix[3][6]. À l'époque, le centriste Macron l'avait emporté massivement, et même en Corée du Sud, cette élection avait attiré l'attention en tant que « régulateur de la démocratie mondiale »[6]. Lors de sa candidature en 2022, la part des voix de Le Pen au second tour est passée à 42 %[3]. Si l'on regarde uniquement la trajectoire ascendante de ses résultats électoraux, la croissance à long terme du RN est évidente.
Le paysage de 2027 est qualitativement différent du passé. La plus grande différence réside dans le risque juridique de Le Pen. Bien que la réduction par la cour d'appel de Paris de sa peine d'inéligibilité à 45 mois — dont 30 mois avec sursis — ait ouvert la voie à une candidature présidentielle de Le Pen, elle devra faire campagne en portant un bracelet de surveillance électronique. Les sondages récents montrent que Le Pen maintient son avance avec 35-36 % au premier tour, un second tour contre Mélenchon, figure de l'extrême gauche, apparaissant hautement probable[7]. À la lecture de ces seuls chiffres, la position du RN est plus forte que jamais.
C'est précisément à ce stade que la variable Bardella devient décisive. Dans les partis d'extrême droite du passé, le risque lié au leadership était généralement « substituable ». Cependant, dans le cas du RN, Bardella a fait office de « Plan B » de fait en raison de la situation judiciaire de Le Pen. Lors des élections de 2017 et 2022, cette structure de double risque n'existait pas. Une situation où le président du parti et le candidat à la présidence sont distincts, et où la crédibilité du président est ébranlée, est sans précédent dans l'histoire du RN. Pour trouver des analogies historiques, on pourrait se tourner vers des cas où des factions populistes au sein du Parti républicain américain ont connu des luttes internes de succession, mais il s'agit simplement d'un phénomène similaire et difficile à comparer directement.
Trois domaines clés à surveiller à l'avenir
Le premier est la variable judiciaire. La poursuite éventuelle des révélations de Mediapart et l'issue de la plainte de Bardella détermineront sa capacité à continuer d'incarner le rôle de « Plan B »[11][13]. Le second est la relation avec LR. Selon que les propos de Retailleau contestant la primauté du droit de l'UE seront acceptés ou rejetés au sein du PPE[16], la ligne de démarcation entre le RN et la droite traditionnelle se déplacera. Cela déterminera la manière dont le vote de droite se divisera au premier tour de l'élection de 2027.
Le troisième est l'impact au niveau de l'UE. Si le RN accède au pouvoir, des changements sont possibles concernant la position de la France sur les discussions relatives à l'autonomie stratégique européenne, les politiques envers la Russie et sa participation au commandement militaire intégré de l'OTAN. Le Carnegie Endowment for International Peace suggère que la montée de l'extrême droite à travers l'Europe pourrait ébranler le fondement même de la politique européenne à l'égard de la Russie[5]. Étant donné que le RN a traditionnellement adopté une position bienveillante envers la Russie, cette question est également liée de manière indirecte au paysage politique intérieur russe. Un événement institutionnel unique comme la formation d'un groupe parlementaire au Sénat ne résoudra pas immédiatement ces trois aspects. Cependant, parce que cet événement révèle une facette de la transition structurelle plus large qui va se déployer d'ici 2027, il demeure un indicateur indispensable pour suivre les tendances de l'UE.
III. Recommandations de réponses politiques
L'échiquier au-delà du groupe parlementaire au Sénat : ce qu'il faut surveiller jusqu'en 2027
Évaluation globale : une phase de chevauchement entre progrès institutionnels et risque narratif
La formation par le RN d'un groupe parlementaire au Sénat n'est pas un événement réversible[1]. En effet, il s'agit d'un statut obtenu par le biais de procédures institutionnelles formelles. Ce statut sera maintenu jusqu'à l'élection présidentielle de 2027. À l'inverse, la controverse entourant les messages antisémites attribués à Bardella reste mouvante[11][13]. Sa trajectoire pourrait varier considérablement en fonction de l'issue des actions en justice, d'éventuelles nouvelles révélations et de la réaction de l'opinion publique.
L'évaluation centrale de cette question est que ces deux tendances doivent être analysées séparément. Le groupe parlementaire au Sénat constitue l'« actif structurel » du RN. Cela signifie qu'il a obtenu une influence substantielle en matière d'organisation locale, d'initiative législative et d'attribution de commissions. La controverse sur les messages est une variable qui ébranle son « actif narratif », à savoir la stratégie de dédiabolisation. Les deux évoluent à des vitesses différentes. Alors que les actifs structurels ne disparaissent pas facilement, les actifs narratifs peuvent être gravement fragilisés en l'espace de quelques semaines.
C'est aussi la raison pour laquelle Le Pen s'en tient à un cadre d'explication complotiste, parlant de « barbouzerie ». Cela peut être interprété comme une tentative de redéfinir l'atteinte à leur actif narratif comme une attaque structurelle, la transformant ainsi en un argument pour mobiliser leur base électorale. Le succès de cette stratégie dépendra des procédures judiciaires et de l'évolution des sondages d'ici le début de l'année 2027.
Plan d'action à court terme (octobre-décembre 2026)
La tâche clé durant cette période est de suivre précisément la « phase d'établissement des faits ». Un tournant majeur sera la manière dont le processus d'authentification de Mediapart impliquant Meta et l'huissier de justice sera évalué devant les tribunaux[13]. Il convient de surveiller si les plaintes pour faux et diffamation annoncées par le camp de Bardella sont effectivement déposées, et si oui, devant quelle juridiction et à quel rythme elles progressent.
Simultanément, il est nécessaire d'examiner les premières initiatives législatives du groupe parlementaire au Sénat. Les projets de loi que la présidente du groupe parlementaire, Edwige Diaz, signera et les commissions permanentes auxquelles elle sera affectée serviront d'indicateurs du rythme auquel le RN passe d'un « parti de protestation » à un « acteur législatif ». Il conviendra également de surveiller si le groupe parlementaire du RN joue un rôle de faiseur de rois lors des délibérations sur le budget 2027.
Du côté de LR, il est nécessaire de surveiller la manière dont les propos de Retailleau contestant la primauté du droit de l'UE sont traités au sein du PPE[16]. Cette question sert d'indicateur avancé pour savoir si la frontière discursive entre LR et le RN continue de se réduire.
Plan d'action à moyen terme (T1 2027, avant d'entrer dans la phase officielle de l'élection présidentielle)
La clé de la phase à moyen terme réside dans la finalisation de la liste des candidats. L'éligibilité de Marine Le Pen à se présenter aux élections a été réduite à 45 mois (dont 30 mois avec sursis) par une décision de la cour d'appel, mais elle s'accompagne de la condition qu'elle doit faire campagne en portant un bracelet de surveillance électronique. Il convient d'évaluer séparément les effets politiques que cette condition produira lors de la campagne réelle — qu'elle déclenche un retour de bâton ou qu'elle suscite la sympathie du public.
Si la controverse autour de Bardella n'est pas résolue d'ici là, la crédibilité même du « plan de succession » sera ébranlée. Si Bardella, qui a été considéré comme un candidat alternatif au cas où Le Pen ne parviendrait pas à terminer la course pour une raison quelconque, voit sa position affaiblie par des atteintes à sa réputation, l'émergence de candidats alternatifs au sein du RN ne peut être exclue. Ce point représente un tournant critique qui pourrait entraîner des modifications dans la dynamique interne du pouvoir au sein du RN.
L'évolution des sondages doit également faire l'objet d'un suivi continu. Les sondages actuels projettent systématiquement un scénario dans lequel Le Pen obtiendrait 35 à 36 % des voix au premier tour et se qualifierait pour le second tour aux côtés de Mélenchon [7]. La question clé est de savoir si cette dynamique persistera après la controverse Bardella, ou si les voix se reporteront vers le candidat centriste, Édouard Philippe [7].
Plan d'action à long terme (préparation des scénarios post-élection présidentielle de 2027)
À long terme, des préparatifs sectoriels spécifiques en vue d'un éventuel gouvernement RN sont nécessaires. Dans les domaines de la politique étrangère et de la sécurité, il est crucial d'évaluer les changements potentiels de la position de la France concernant son niveau de participation aux opérations du Commandement allié Opérations de l'OTAN, sa politique de sanctions contre la Russie et les discussions sur l'autonomie stratégique européenne [5]. Le Carnegie Endowment for International Peace a analysé que la montée plus large de la droite européenne pourrait influencer les positions politiques à l'égard de la Russie [5]. Il convient également de prendre en compte le fait que des tendances similaires se produisent simultanément, comme avec Vox en Espagne et le nouveau parti de Vannacci en Italie, parallèlement aux développements en France [5].
Dans les domaines de l'économie et du commerce, il est nécessaire d'examiner les changements potentiels de la position du RN sur les politiques de la zone euro, les contributions au budget de l'UE et les réglementations commerciales régionales. C'est un point qui est indirectement lié à l'environnement des affaires pour les entreprises sud-coréennes en Europe.
En ce qui concerne l'engagement en Asie-Pacifique, une tâche à long terme doit consister à déterminer comment la stratégie indo-pacifique de la France, la fermeté de sa position sur la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan, ainsi que sa coopération en matière de défense et d'énergie nucléaire avec la Corée du Sud pourraient être ajustées dans le cadre d'un scénario de changement de régime.
Indicateurs de suivi et points de bascule
Sur l'axe judiciaire et narratif, les points de bascule comprennent le jugement en première instance dans le procès pour diffamation et faux de Bardella, la publication éventuelle de documents supplémentaires par Mediapart, ainsi que les réactions officielles du gouvernement israélien et des organisations juives. Si Israël retire ou suspend sa position auparavant favorable, le récit de « dédiabolisation » du RN subira un coup dur.
Sur l'axe institutionnel et législatif, les indicateurs clés comprennent le nombre de projets de loi déposés par le groupe RN au Sénat et leur taux d'adoption, les habitudes de vote du groupe RN sur le projet de loi de finances pour 2027, ainsi que la fréquence des votes conjoints entre Les Républicains (LR) et le RN. Une augmentation des votes conjoints de fait avec LR devrait être interprétée comme le signal d'une recomposition du paysage de la droite au sein du Sénat.
Sur l'axe électoral et de l'opinion publique, il est nécessaire de suivre les projections de vote du premier tour des instituts de sondage, notamment Toluna Harris Interactive, les fluctuations de la course triangulaire entre Le Pen, Mélenchon et Philippe, et de déterminer si la cote de popularité du RN baisse ou se maintient à la suite de la controverse Bardella [7]. Le calendrier et l'issue du pourvoi en Cassation concernant l'éligibilité de Le Pen à se présenter aux élections sont également des déclencheurs indispensables.
Sur l'axe de la politique étrangère, il est nécessaire de surveiller les déclarations des parlementaires du RN concernant l'OTAN et l'UE, le comportement de vote du groupe RN sur les budgets d'aide à l'Ukraine, ainsi que les efforts de coordination entre les partis alignés sur le RN au sein du Parlement européen.
Résumé et conclusion
Les élections sénatoriales du 27 septembre ont marqué un jalon institutionnel irréversible pour le RN [1][4]. Bien que cela ne représente pas un renversement de pouvoir, étant donné que Les Républicains restent la première force au Sénat [4], le fait même que le RN participe au processus législatif en tant que parti disposant de son propre groupe parlementaire pour la première fois constitue un changement structurel. La controverse sur les messages antisémites de Bardella, apparue à la même période, opère à un niveau différent de ce progrès structurel [11][13][15]. En effet, cette question cible directement l'atout stratégique central du RN : sa stratégie de « dédiabolisation ».
La manière dont ces deux tendances interagissent à l'approche de l'élection présidentielle de 2027 constitue l'axe central d'observation. L'atout structurel que représente la possession d'un groupe parlementaire au Sénat ne sera pas facilement ébranlé. À l'inverse, l'atout narratif de la crédibilité personnelle de Bardella pourrait évoluer rapidement en fonction des procédures judiciaires et d'éventuelles nouvelles révélations. Pour le gouvernement et les entreprises de Corée du Sud, il est crucial de suivre ces deux axes séparément. Les changements dans les atouts structurels doivent être évalués comme des variables à moyen et long terme dans le paysage politique de l'UE, tandis que les changements dans les atouts narratifs doivent être appréhendés comme des variables à court terme dans la dynamique de l'élection présidentielle de 2027, chacun selon un calendrier différent.
Références
[4] [Foreign Policy] The U.S. and China Agree to Slash Tariffs
[5] [Carnegie Endowment] Will the Far Right Change Europe’s Russia Policy?
[8] [Third Way - Clean Energy] Third Way rolls out “new economic bargain” platform for Dems
[9] [TelQuel] Élections 2026 : le PAM veut tourner la page RNI
[11] [Al-Monitor] French far-right leader Bardella denies media claim he made antisemitic remarks
[13] [Le Monde] Bardella's denial of antisemitic remarks challenged as website publishes evidence
[14] [Le Monde] From Macron's original promise to the unraveling of an ideal
[15] [Le Monde] Macron calls antisemitic allegations against Bardella 'extremely serious'
[18] [France 24] France to unveil 2027 budget as debt hits record high
[19] [TelQuel] Le RNI se dit disposé à participer au prochain gouvernement
*Ce texte est une traduction par IA d'un original rédigé en coréen. Certaines traductions ou nuances peuvent être inexactes.
Ce rapport est une analyse approfondie conçue par un chercheur de l'EAI, fondée sur une recherche rigoureuse assistée par IA et finalisée par le chercheur de l'EAI.