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[L'avenir de la démocratie coréenne et la réforme institutionnelle] Politique polarisée, diplomatie fissurée : comment le sectarisme met en péril la politique étrangère de la Corée du Sud
Note de l'éditeur
Sohn Yul, président de l'East Asia Institute (EAI) et professeur à l'Université Yonsei, analyse l'impact de la polarisation politique intérieure sur la politique étrangère, notant que la confrontation idéologique se reflète de plus en plus dans les décisions diplomatiques. Il soutient que le soutien à la politique étrangère est désormais davantage motivé par l'affiliation partisane que par la conviction idéologique, et met en garde contre le fait que cette évolution entrave le consensus bipartite et sape la continuité et l'efficacité de la diplomatie coréenne.
I. Introduction
La polarisation de la politique intérieure a, par corollaire, entraîné la polarisation de la politique étrangère. La confrontation et le conflit partisans se jouent à répétition sur des questions clés de politique étrangère. Ce phénomène n'est pas limité à une seule nation mais constitue une tendance mondiale. Dans les démocraties avancées telles que les États-Unis et l'Europe, la polarisation politique s'est manifestée par une hostilité partisane accrue, une paralysie législative et la montée du populisme. Les perceptions divergentes des menaces extérieures entre les factions politiques se sont élargies, entraînant des réponses politiques différentes. Aux États-Unis, le clivage idéologique entre les partis Républicain et Démocrate sur les grandes questions internationales s'est approfondi, avec des changements politiques significatifs survenant après des changements d'administration. Cette polarisation croissante a alimenté des préoccupations légitimes, culminant dans l'enquête du Chicago Council on Global Affairs de 2018, où les experts ont identifié la polarisation politique intérieure comme la principale menace pour la nation.
Pour la Corée du Sud, avec ses défis constants de division nationale, sa proximité géographique avec les grandes puissances et sa dépendance structurelle vis-à-vis des relations économiques extérieures, l'élaboration d'une politique étrangère prudente revêt une importance qui dépasse le simple intérêt national et revêt une importance existentielle. Cependant, plutôt que de faire progresser une grande stratégie bipartite ancrée dans l'intérêt national au milieu des bouleversements mondiaux – y compris la contingence Trump, la compétition stratégique des grandes puissances et les menaces nucléaires – la politique étrangère sud-coréenne est de plus en plus soumise aux pressions partisanes intérieures.
Une analyse d'une série d'enquêtes d'opinion publique menées par l'East Asia Institute (EAI) de 2021 à 2025 révèle sept aperçus clés.
Premièrement, la politique étrangère sud-coréenne repose fondamentalement sur un consensus bipartite concernant l'alliance États-Unis-Corée du Sud comme pierre angulaire, le soutien à un ordre économique international ouvert et un engagement actif dans les institutions multilatérales en tant que membre responsable de la communauté internationale. Cependant, des différences partisanes substantielles émergent dans des domaines politiques spécifiques. Concernant la politique américaine, les conservateurs (partisans du People Power Party (PPP)) privilégient le renforcement de l'alliance, tandis que les progressistes (partisans du Democratic Party (DP)) insistent sur l'établissement d'une relation bilatérale plus égale. En matière de politique envers la Corée du Nord, les conservateurs prônent le renforcement des mesures de sécurité, tandis que les progressistes mettent l'accent sur l'expansion de l'engagement intercoréen. Concernant le Japon, les conservateurs appellent à une coopération tournée vers l'avenir dans des domaines fonctionnels, tandis que les progressistes soulignent la résolution des différends historiques.
Deuxièmement, le degré de polarisation varie selon les domaines thématiques de la politique étrangère. Bien que la polarisation globale se soit intensifiée, les politiques envers la Corée du Nord et le Japon présentent des divisions beaucoup plus importantes que d'autres domaines, tandis que le sectarisme exerce une influence comparativement plus faible concernant les États-Unis. Un exemple frappant est la convergence bipartite rare sur les politiques envers la Chine, qui découle en grande partie d'un sentiment anti-chinois généralisé au sein du public.
Troisièmement, les différences partisanes dans les positions politiques découlent moins de divergences fondamentales dans les convictions idéologiques, les valeurs ou les visions du monde concernant la politique internationale que des effets de débordement de la polarisation politique intérieure. La tendance à s'opposer aux politiques défendues par la faction opposée, indépendamment de leur contenu substantiel, se reproduit dans les débats de politique étrangère. Cette dynamique suggère que l'obstruction ou la discréditation des réalisations de l'opposition est souvent prioritaire par rapport à la promotion des intérêts nationaux communs.
Quatrièmement, comme l'illustrent les débats très polarisés sur les politiques envers la Corée du Nord et le Japon, les deux factions ont tendance à se percevoir mutuellement dans des binaires moraux stricts, considérant l'opposition comme antipatriotique, voire contraire à l'éthique. Cette dynamique conduit au rejet pur et simple de négociations ou de compromis politiques significatifs. Des termes tels que « forces pro-Corée du Nord », « éléments anti-État », « collaborateurs pro-Japon », « traîtres nationaux » et « diplomatie humiliante » illustrent comment le discours de politique étrangère est de plus en plus dicté par des préjugés émotionnels et idéologiques plutôt que par une délibération rationnelle.
Cinquièmement, les divisions publiques révélées dans l'enquête sont, dans une large mesure, le produit de manipulations politiques par les dirigeants partisans. La polarisation chez les élites politiques est transférée à leurs partisans, intensifiant la fragmentation publique (Bullock 2011). Dans les cas extrêmes, les grandes questions politiques sont délibérément présentées comme des « questions clivantes » pour diviser l'électorat et forcer des choix binaires, consolidant ainsi le soutien politique. Les présidents, en particulier, ont tendance à rejeter les points de vue opposés et à imposer unilatéralement leur programme, en s'appuyant sur le soutien indéfectible de leur base partisane. De telles pratiques sapent la responsabilité démocratique dans la gouvernance.
Sixièmement, la polarisation intérieure non seulement affaiblit le levier diplomatique, mais entraîne aussi fréquemment des retards dans les politiques ou des mesures superficielles et provisoires. Dans le contexte du « jeu à deux niveaux » des négociations internationales, l'incapacité à obtenir l'approbation et le soutien intérieur sape la crédibilité d'une nation dans les négociations extérieures, diminuant ainsi son pouvoir de négociation. La discorde intérieure entourant le déploiement du système THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) entre 2014 et 2017 a considérablement affaibli la position de négociation de la Corée du Sud avec la Chine, aboutissant à l'accord controversé Corée du Sud-Chine de 2017. De même, les divisions internes suite aux décisions de la Cour suprême sud-coréenne sur le travail forcé pendant la période coloniale japonaise (2018-2019) ont conduit à une inaction gouvernementale et à l'adoption de mesures improvisées, exacerbant finalement les tensions diplomatiques avec le Japon.
Enfin, si les querelles partisanes persistent, les voix de la majorité modérée seront étouffées, rendant l'établissement d'une politique étrangère bipartite de plus en plus irréalisable. Au milieu de la transformation fondamentale de l'ordre mondial – marquée par le déclin de l'hégémonie américaine, le repli de la mondialisation, l'intensification de la compétition technologique et l'escalade de la menace posée par les avancées nucléaires et de missiles de la Corée du Nord – la Corée du Sud est confrontée à un impératif sans précédent de forger une « stratégie nationale cohérente et durable ». Les réformes institutionnelles visant à surmonter la polarisation seront non seulement cruciales pour restaurer la gouvernance démocratique, mais serviront également de prérequis fondamental pour renforcer le rôle et l'influence internationaux de la Corée du Sud.
II. Opinion publique et polarisation
La polarisation, en général, fait référence à la divergence et au durcissement croissants des opinions politiques, sociales et économiques, ainsi qu'aux réponses émotionnelles, aux comportements et aux intérêts entre différents groupes. La polarisation idéologique désigne spécifiquement le phénomène selon lequel les positions idéologiques des groupes opposés s'éloignent davantage, entraînant une contraction du centre politique. Par exemple, cela se produit lorsque les groupes conservateurs s'éloignent davantage des groupes progressistes, tandis que la proportion d'individus centristes ou indépendants diminue (Ha 2022, 330).
Inversement, lorsque la taille du groupe centriste ou indépendant reste stable tandis que les allégeances partisanes deviennent plus prononcées, en particulier lorsque les partisans d'un parti développent une forte hostilité émotionnelle envers le parti opposé, ce phénomène est connu sous le nom de polarisation affective ou polarisation partisane. Contrairement à la polarisation idéologique, qui découle de désaccords politiques sur des questions spécifiques, la polarisation affective se définit par l'intensité de l'animosité envers la faction politique opposée (Ha 2022, 332).
La comparaison croisée des enquêtes nationales de l'EAI sur les conditions de succès présidentiel d'octobre 2021 avec l'enquête de janvier 2025 explorant la polarisation et les perceptions démocratiques révèle un paysage idéologique durable parmi les citoyens sud-coréens, caractérisé par des variations négligeables dans l'orientation politique globale. La proportion de progressistes et de conservateurs s'élève respectivement à 27 % et 26 %, tandis que les centristes constituent 46 % de la population, indiquant aucune polarisation idéologique significative ([Tableau 1]).
[Tableau 1] Paysage idéologique des Coréens : 2021 et 2025
Malgré cette stabilité relative dans l'alignement idéologique, plus de la moitié des répondants ont exprimé des sentiments défavorables envers le DP et le PPP. Plus précisément, 54,1 % des répondants ont déclaré ne pas aimer le DP, dont 25,7 % ont exprimé une forte désapprobation, notant le parti en dessous de 10 sur une échelle de 100. Le PPP a fait face à une désapprobation encore plus grande, 68,7 % exprimant leur aversion et 40 % lui attribuant un score inférieur à 10. Notamment, ces chiffres reflètent une augmentation de plus de 10 points de pourcentage par rapport à quatre ans auparavant (Tableaux 2 et 3).
L'intensité de l'hostilité partisane ressentie par les partisans de chaque parti envers leurs homologues est particulièrement frappante. Une écrasante majorité de 93,3 % des partisans du PPP considéraient le DP comme « défavorable », dont 58,8 % lui attribuant un score inférieur à 10. De même, les partisans du DP ont montré une aversion analogue envers le PPP (Tableaux 4 et 5). Parmi ceux qui ont exprimé leur dédain pour le DP, 44 % ont fait état d'un « dégoût » et d'un désir de voir le parti complètement éliminé de la vie politique, tandis que 60,6 % des détracteurs du PPP partageaient un sentiment similaire (Tableau 6). Ces résultats indiquent que près de la moitié des répondants ressentent une antipathie si forte qu'ils préconisent l'exclusion complète du principal parti auquel ils s'opposent des affaires politiques.
[Tableau 2] Favorable aux partis : DP
[Tableau 3] Favorable aux partis : PPP
[Tableau 4] Favorable des partisans du PPP envers le DP
[Tableau 5] Favorable des partisans du DP envers le PPP
[Tableau 6] Réactions émotionnelles aux partis/politiciens
Il est évident que l'état de polarisation politique en Corée du Sud est profondément lié à l'identité partisane, se manifestant par de fortes réponses émotionnelles telles que le rejet pur et simple des partis d'opposition. Cette division se reflète dans des schémas de loyauté inconditionnelle envers son propre parti et son leadership, couplés à une aversion intraitable pour les partis rivaux et leurs dirigeants. Les conséquences de cette polarisation croissante sont particulièrement alarmantes dans le domaine de la politique étrangère, où la coopération bipartite est impérative pour sauvegarder les intérêts nationaux.
III. Polarisation et politique étrangère
Ces dernières années, la polarisation politique est devenue un sujet clé en sciences politiques internationales en raison de son impact sur la politique étrangère américaine. La polarisation excessive de la politique américaine a suscité des inquiétudes quant à une diminution de l'influence hégémonique des États-Unis, un affaiblissement de leur pouvoir de négociation à l'étranger et une atteinte à leur image internationale et à leur soft power (Walt 2019). Dans ce contexte, les chercheurs ont mené diverses études examinant l'élargissement des différences de perception et de politique entre les partis Démocrate et Républicain sur les grandes questions internationales, les conséquences institutionnelles de la polarisation politique et son impact sur l'exécution de la politique étrangère (Friedrichs et Tama 2024). La polarisation ne se limite cependant pas aux États-Unis ; c'est un phénomène omniprésent en Europe et dans d'autres pays avancés, et la Corée du Sud ne fait pas exception.
Bien que des désaccords internes sur des questions de politique étrangère saillantes, telles que la position la plus pertinente vis-à-vis de la Corée du Nord, aient toujours existé, le public et les dirigeants politiques ont généralement maintenu un soutien bipartite aux principes diplomatiques clés. La majorité des conservateurs et des progressistes, ainsi que les partisans du PPP et du DP, partagent un consensus sur la nature impérative de l'alliance Corée du Sud-États-Unis comme pierre angulaire de la sécurité, soutiennent un ordre économique international ouvert et conviennent d'un engagement actif auprès des organisations internationales traitant des questions mondiales.
Cependant, des différences notables émergent dans les priorités politiques des partisans des deux partis lorsqu'on examine des domaines politiques plus spécifiques au-delà de l'image globale. Selon l'enquête d'opinion publique de l'EAI en 2025 ([Tableau 7]), les conservateurs (partisans du PPP) ont mis l'accent sur le renforcement de l'alliance Corée du Sud-États-Unis comme priorité absolue dans la politique envers les États-Unis, tandis que les progressistes (partisans du DP) ont priorisé l'établissement d'un partenariat plus égal et impartial. Parmi les conservateurs, 50,4 % ont choisi « le renforcement de l'alliance » comme question la plus importante, contre 26,6 % parmi les progressistes, soit un écart de 23,8 points de pourcentage. Inversement, 32,6 % des progressistes ont priorisé un « partenariat égal avec les États-Unis », contre 9,8 % des conservateurs, soit une différence de 22,8 points de pourcentage.
[Tableau 7] Priorité politique principale envers les États-Unis (Par idéologie politique)
En ce qui concerne la direction politique appropriée envers la Corée du Nord, les conservateurs privilégient le renforcement de la sécurité de la Corée du Sud, tandis que les progressistes mettent l'accent sur l'expansion des échanges intercoréens. Alors que 41,5 % des conservateurs ont sélectionné « le renforcement de la posture de sécurité » comme étant de la plus haute importance, 17 % des progressistes ont dit la même chose, soit une différence de 24 points de pourcentage. Pendant ce temps, 44,6 % des progressistes ont classé « l'expansion des échanges intercoréens » comme une priorité, contre 15,7 % des conservateurs, soit un écart de 28,9 points de pourcentage ([Tableau 8]).
[Tableau 8] Priorité politique principale envers la Corée du Nord (Par idéologie politique)
Dans la politique envers le Japon, les conservateurs se concentrent généralement sur la coopération fonctionnelle et tournée vers l'avenir, tandis que les progressistes plaident pour la résolution des tensions historiques. Parmi les conservateurs, 55,5 % ont priorisé la coopération « tournée vers l'avenir », contre 26,8 % des progressistes, soit un écart de 28,7 points de pourcentage. En revanche, 56,2 % des progressistes ont priorisé la « résolution des questions historiques », contre 24 % des conservateurs, soit une différence de 32,2 points de pourcentage ([Tableau 9]).
[Tableau 9] Priorité politique principale envers le Japon (Par idéologie politique)
Enfin, une convergence notable entre les camps idéologiques conservateur et progressiste est observée dans les perceptions des priorités politiques envers la Chine. Les deux groupes privilégient l'expansion des échanges économiques, 28,1 % des conservateurs et 33,6 % des progressistes identifiant cela comme leur principale préoccupation, reflétant une différence marginale de 5,5 points de pourcentage. La deuxième priorité pour les deux groupes est la collaboration sur des questions non gouvernementales telles que la pollution par les poussières fines, le changement climatique et les maladies infectieuses, 22,6 % des conservateurs et 23,6 % des progressistes sélectionnant ces questions. De même, la troisième priorité, les réponses aux sanctions économiques, montre peu de variation, 19,7 % des conservateurs et 20,8 % des progressistes soutenant cette question ([Tableau 10]). De plus, les conservateurs et les progressistes ont des opinions fortement défavorables envers la Chine.
[Tableau 10] Priorité politique principale envers la Chine (Par idéologie politique)
Bien qu'il soit souvent perçu que le renforcement de la coopération militaire trilatérale entre la Corée du Sud, les États-Unis et le Japon jouit largement d'un soutien bipartite, la polarisation est également évidente sur cette question. Une écrasante majorité de conservateurs (84,6 %) soutient une telle coopération, tandis que le taux de soutien chez les progressistes est de 55,1 %, soit 29,5 points de pourcentage de moins. Pendant ce temps, l'opposition à la coopération s'élève à 32,9 % chez les progressistes et à 12,6 % chez les conservateurs, soit une différence de 20,3 points de pourcentage ([Tableau 11]).
[Tableau 11] Opinion sur le renforcement de la coopération trilatérale Corée du Sud-États-Unis-Japon sur la sécurité militaire
[Par idéologie politique]
On peut donc extrapoler que le degré de polarisation dans la politique étrangère varie considérablement selon les domaines thématiques. Alors que la polarisation globale augmente, les politiques relatives au Japon et à la Corée du Nord présentent des niveaux de division partisane notablement plus élevés par rapport à d'autres domaines. En revanche, les politiques envers les États-Unis reflètent de plus petites divergences partisanes, et les approches envers la Chine révèlent une divergence partisane minimale.
Ce schéma suggère que les différences dans les positions de politique étrangère entre les deux camps politiques ne découlent pas nécessairement de différences fondamentales dans les croyances, les valeurs et les idéologies concernant la politique internationale. Au sein du camp progressiste soutenant le DP, il est difficile d'identifier un dénominateur commun idéologique clair qui relie des politiques telles que l'expansion de l'engagement avec la Corée du Nord, la recalibration des relations avec les États-Unis sur une base plus égale, la priorisation de la résolution des questions historiques avec le Japon et l'expansion des échanges économiques avec la Chine. De même, les préférences politiques des partisans du PPP, qui mettent l'accent sur la dissuasion envers la Corée du Nord, le renforcement de l'alliance Corée du Sud-États-Unis, la priorisation de la coopération fonctionnelle avec le Japon et l'expansion des échanges économiques avec la Chine, ne peuvent pas être facilement expliquées par l'idéologie conservatrice.
Bien que la polarisation de la Corée du Sud soit souvent caractérisée comme une dichotomie conservateur-progressiste, elle doit être comprise non pas comme une expansion des différences idéologiques, mais plutôt comme un élargissement de la distance émotionnelle entre les deux camps politiques, se manifestant par une antipathie mutuelle accrue. Par conséquent, les préférences en matière de politique étrangère doivent être considérées comme des extensions de la polarisation politique et partisane intérieure. Les préférences politiques du camp conservateur sont fondamentalement basées sur la critique et l'opposition aux politiques mises en œuvre par leurs concurrents politiques (l'administration Moon Jae-in), tandis que les préférences politiques du camp progressiste résultent de manière similaire de la critique et de l'opposition aux politiques de leurs rivaux politiques (l'administration Yoon Suk-yeol). Cette dynamique indique que la prévention ou la diminution des réalisations de l'autre partie prime sur la promotion des intérêts communs (c'est-à-dire les intérêts nationaux).
Un examen des relations Corée du Sud-Japon de plus en plus polarisées démontre clairement comment les intérêts partisans influencent les perceptions du Japon et les préférences pour les politiques liées au Japon. Au cours des quatre dernières années, les tendances de l'opinion publique concernant l'approche du gouvernement sud-coréen envers le Japon (spécifiquement concernant l'amélioration des relations) révèlent que les conservateurs sont passés d'une position négative à une position positive, tandis que les progressistes sont passés d'une position positive à une position négative. Parmi les conservateurs, il y a eu une augmentation marquée du sentiment positif suite à la proposition par le président Yoon Suk-yeol du « plan de compensation par un tiers » pour la question du travail forcé en mars 2023, ce qui a conduit à une amélioration des relations bilatérales. Inversement, les progressistes ont montré une forte baisse de soutien à partir de 2022, coïncidant avec la transition gouvernementale. Ces preuves suggèrent que le soutien et l'opposition aux questions liées au Japon sont clairement divisés selon les lignes partisanes.
[Tableau 12] Attitude du gouvernement envers l'amélioration des relations Corée-Japon [Par idéologie politique]
Des disparités générationnelles sont également évidentes. Depuis 2024, les personnes dans la soixantaine ont rapidement évolué vers le soutien aux efforts du gouvernement sud-coréen pour améliorer les relations avec le Japon, devenant le groupe d'âge le plus favorable ([Tableau 13]). Ce changement est particulièrement remarquable étant donné que cette démographie a historiquement maintenu les perceptions les plus négatives du Japon. Des données antérieures de « Relations Corée-Japon telles que vues dans l'opinion publique : 2013-2023 », menées conjointement par l'EAI et le Genron NPO du Japon, indiquent que les jeunes générations (celles dans la vingtaine et la trentaine) ont constamment eu des perceptions plus favorables du Japon, tandis que la démographie des 70 ans et plus présentait les vues les plus négatives (Son et Lee 2024). Parallèlement, les personnes dans la quarantaine démontrent les perceptions les plus négatives de la politique du gouvernement envers le Japon, un schéma qui correspond à leur fort soutien au Parti Démocrate.
[Tableau 13] Attitude du gouvernement envers l'amélioration des relations Corée-Japon [Par génération]
La division publique évidente dans les sondages sur la politique nationale envers le Japon ainsi qu'une évaluation générale des relations bilatérales révèlent une délimitation évidente entre les partisans du DP et du PPP, les progressistes par rapport aux conservateurs, et entre ceux dans la quarantaine par rapport à ceux dans la soixantaine. Cette polarisation est souvent caractérisée par un sectarisme négatif, où l'opposition au parti au pouvoir est motivée moins par des désaccords politiques substantiels que par une aversion fondamentale pour le parti lui-même. En conséquence, les deux parties privilégient souvent l'échec de leurs opposants à la réalisation d'objectifs nationaux communs. Même en reconnaissant l'importance stratégique d'améliorer les relations bilatérales ou de renforcer la coopération sécuritaire trilatérale avec les États-Unis, les partisans peuvent refuser leur soutien pour empêcher le parti adverse de s'en attribuer le mérite.
La direction du parti au pouvoir, en particulier le président, fait souvent avancer la politique par des décisions unilatérales, privilégiant le consensus interne du parti au détriment d'un dialogue politique plus large. L'administration Yoon incarne ce style de gouvernance problématique. En proposant un plan de « compensation par un tiers » pour résoudre les différends historiques, l'administration a initié une série de sommets de haut niveau qui ont finalement restauré la confiance au niveau gouvernemental. Cependant, ces initiatives diplomatiques ont été menées par un processus unilatéral dénué de consultation avec l'opposition, exacerbant ainsi la polarisation politique.
IV. Conclusion
L'état de polarisation politique ancrée en Corée du Sud est incompatible avec les normes démocratiques, car il favorise le soutien populaire à l'autoritarisme, augmente les tendances populistes et sape la gouvernance efficace et l'innovation politique. Cette bifurcation s'étend au-delà des affaires intérieures et crée des divisions importantes dans l'opinion publique sur la politique étrangère. Cependant, ces divisions ne découlent pas principalement de différences idéologiques ou de principes concernant les affaires internationales. Elles reflètent plutôt une extension des conflits partisans intérieurs, souvent exacerbés par les élites politiques. La nature contradictoire du leadership politique intensifie davantage la polarisation, permettant à ces divisions de pénétrer le grand public.
La fragmentation interne risque non seulement d'affaiblir considérablement le levier diplomatique de la Corée du Sud, mais aussi d'entraîner un processus décisionnel prolongé et un compromis inadéquat. Plus important encore, les confrontations partisanes persistantes marginalisent la majorité modérée, rendant la politique étrangère bipartite de plus en plus difficile à réaliser. À une époque où la Corée du Sud est confrontée à des défis géopolitiques pressants, notamment la restructuration de l'ordre mondial dans un contexte de déclin relatif de l'hégémonie américaine, de perturbations économiques causées par la dé-mondialisation, d'une compétition technologique croissante dans des domaines tels que l'intelligence artificielle, et d'une escalade des menaces posées par les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord, le consensus politique est crucial pour développer une « stratégie nationale cohérente et soutenue ».
Les réformes institutionnelles visant à atténuer la polarisation seront essentielles non seulement pour revitaliser la démocratie sud-coréenne et améliorer la gouvernance, mais aussi pour renforcer l'influence internationale du pays. Alors que les efforts de réforme actuels se concentrent principalement sur la restructuration du système de la « présidence impériale », des mesures visant à amplifier et à représenter les perspectives de la majorité centriste, dont les voix ont été de plus en plus marginalisées par la polarisation partisane, sont tout aussi importantes. ■
V. Références
Friedrichs, Gordon et Jordan Tama, éd. 2024. Polarization and Foreign Policy: When Politics Crosses the Water’s Edge. London : Palgrave.
Ha, Shang E. 2022. « Political Polarization among Korean Voters (En coréen). » Korean Social Trends 2022. Statistics Research Institute.
Sohn, Yul, et Junghwan Lee. 2024. Relations ROK-Japon vues par l'opinion publique : 2013-2023 (En coréen). Séoul : East Asia Institute.
Sohn, Yul. 2024. « La polarisation et la politique du Japon par la Corée du Sud : principaux enseignements de l'enquête d'opinion publique de 2024 sur les relations Corée-Japon (En coréen). » EAI Issue Briefing. https://eai.or.kr/new/ko/pub/view.asp?intSeq=22716&board=kor_issuebriefing.
Walt, Stephen. 2019. « La polarisation de l'Amérique est aussi un problème de politique étrangère. » Foreign Policy. 11 mars. https://foreignpolicy.com/2019/03/11/americas-polarization-is-a-foreign-policy-problem-too/.
■ Yul Sohn est président de l'East Asia Institute (EAI) et professeur à l'Université Yonsei.
■ Traduit et édité par Chaerin Kim, assistante de recherche à l'EAI
Pour toute demande : 02 2277 1683 (poste 208) | crkim@eai.or.kr
*Ce texte est une traduction par IA d'un original rédigé en anglais. Certaines traductions ou nuances peuvent être inexactes.