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Histoire guerrière ou histoire diplomatique ?

Catégorie
Document de travail
Publié le
24 août 2006

EAI Fellows Program Working Paper Series No.4

Résumé

Les pays d'Asie de l'Est sont engagés dans des différends historiques. Bien que leurs contentieux historiques aient suscité des suspicions et des frictions entre eux, je soutiens qu'ils ont également servi de médium de dialogue qui aide à établir une compréhension commune de la réalité contemporaine et de la direction future de chaque pays. Les contentieux historiques contribuent à un tel dialogue si et seulement si les acteurs régionaux se reconnaissent mutuellement comme des participants légitimes à un dialogue sur le passé saillant et lorsqu'ils se disputent le passé dans un cadre de sens commun, les contentieux sur l'histoire peuvent contribuer à la création d'une sphère publique régionale. La sphère publique régionale est un espace discursif où les acteurs régionaux échangent leurs compréhensions du passé et leurs désirs pour l'avenir, à partir desquels émergent un nouveau point focal pour les questions régionales et une compréhension partagée de leurs propres identités et de celles des autres. L'Asie de l'Est, à travers les contentieux historiques des années 1980 et 1990, a produit une forme embryonnaire de sphère publique régionale, mais se trouve maintenant à la croisée des chemins entre le renforcement de la sphère publique régionale et sa fracture en une sphère publique conflictuelle.

Auteur

J.J. Suh est professeur adjoint de gouvernement à l'Université Cornell. Il enseigne la théorie des relations internationales, la sécurité internationale, les institutions internationales, la sécurité asiatique et les politiques étrangères et de sécurité des États-Unis. Ses intérêts de recherche comprennent les alliances militaires, la régionalisation, la politique de sécurité des États-Unis, les armes de destruction massive, la sécurité asiatique et la Corée.

Ce document de travail est un article soumis au cadre du programme "EAI Fellows Program on Peace, Governance, and Development in East Asia" soutenu par la Henry Luce Foundation des États-Unis, et il est distribué uniquement en version électronique.


Les pays asiatiques se disputent l'histoire. La Chine, le Japon et la Corée sont enfermés dans des différends concernant le manuel d'histoire du Japon. Les excuses du Premier ministre japonais concernant le passé du Japon sont une question sensible pour la Chine et la Corée depuis plus d'un demi-siècle. Une étude chinoise sur une histoire locale (東北工程) est soudainement devenue une préoccupation pour les Coréens en 2004, dégénérant en une source de tension entre les deux pays qui devenaient par ailleurs rapidement des amis proches. Un différend territorial sur une petite île revendiquée par le Japon et la Corée, ou par le Japon et la Chine, dégénère régulièrement en une « guerre de l'histoire » lorsque la paire de gouvernements se tourne vers leurs versions respectives de l'histoire comme source d'authenticité prouvant leurs revendications. Ces contentieux historiques ne sont pas de simples désaccords académiques. Ils ont conduit à des manifestations de rue émotionnelles, à des échanges de déclarations gouvernementales accusatrices, et même au rappel d'ambassadeurs. Ils ont eu des effets refroidissants sur des relations économiques autrement florissantes et mutuellement bénéfiques. Ils éclipsent souvent, et même empêchent, les réunions au sommet. Les contentieux historiques sont au cœur des relations internationales en Asie de l'Est.

La place centrale des contentieux historiques dans les relations internationales de la région soulève un certain nombre de questions. Pourquoi les pays d'Asie de l'Est sont-ils si préoccupés par le passé de leurs voisins au point d'en faire une question politique internationale ? Ces contentieux historiques condamneront-ils la région à une arène de diatribes fracturée et conflictuelle où ils resteront une source de suspicions, de contentieux et éventuellement de conflits à l'avenir ? Les différends historiques ont-ils le potentiel de contribuer à l'émergence d'une sphère publique régionale dans laquelle les pays d'Asie de l'Est s'engagent dans des dialogues sur leurs identités, leurs désirs et leurs inquiétudes ? Ce sont quelques-unes des questions que j'aborde dans ce projet. En d'autres termes, je ne suis pas très préoccupé par les questions d'exactitude historique : Qu'est-ce que les faits historiques, et qui, le cas échéant, les a bien interprétés ? Je suis plutôt plus intéressé à analyser le phénomène des contentieux historiques lui-même comme un moyen de réfléchir aux possibilités et aux difficultés de créer et de maintenir un ordre régional stable, et même pacifique. La tâche centrale de cet article est de comprendre les moyens par lesquels les différends sur l'histoire élargissent la fissure émotionnelle entre les pays d'Asie de l'Est ou jettent les bases discursives d'une communauté.

Les études actuelles sont divisées quant à l'impact de l'histoire sur l'Asie de l'Est. Certains soulignent les récentes manifestations concernant le manuel d'histoire du Japon en Corée et en Chine comme l'une des nombreuses sources persistantes d'animosité historique profonde qui ont le potentiel de perturber la stabilité et la paix dans la région. Mais d'autres considèrent ces héritages historiques comme l'ordre mondial confucéen comme une preuve que la paix actuelle de la région a des racines historiques profondes et est donc susceptible de se poursuivre dans l'avenir. Dans ce projet, je développe une troisième perspective de l'histoire : un argument institutionnaliste selon lequel une histoire représente une institutionnalisation de la mémoire qui reflète un pacte politique conclu par des acteurs étatiques à un moment donné. Mon argument comporte deux parties. Premièrement, l'histoire, une fois institutionnalisée, constitue une réalité sociale commune ainsi qu'un point focal, qui aident tous deux les trois pays à mener une diplomatie « normale » (au sens kuhnien). Deuxièmement, l'histoire, si sa forme institutionnalisée crée une dissonance avec la réalité sur le terrain, sert de médium d'actions communicatives, à travers lesquelles les pays d'Asie du Nord-Est tentent d'établir un nouvel ensemble de paramètres du jeu diplomatique. Les deux arguments suggèrent que les « guerres de l'histoire » reflètent, comme le suggère le premier groupe d'érudits pessimistes, des lignes de faille entre la Chine, le Japon et la Corée, mais qu'elles contribuent, comme le suggère le second groupe, au maintien de la stabilité et de la paix dans la région. Vues sous l'angle de la perspective institutionnaliste, les contentieux historiques ressemblent à des guerres mais agissent comme de la diplomatie. Afin de développer l'argument et de tester les hypothèses qui en découlent, cet article se concentre sur la controverse concernant les manuels d'histoire japonais, laissant d'autres cas de contentieux historiques pour de futures recherches...(Suite)

*Ce texte est une traduction par IA d'un original rédigé en coréen. Certaines traductions ou nuances peuvent être inexactes.

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