L'accord nucléaire civil américano-saoudien et son lien avec la normalisation des relations diplomatiques avec Israël : la redéfinition de l'ordre nucléaire au Moyen-Orient et la réponse stratégique de la Corée
Résumé exécutif
L'accord nucléaire civil signé entre les États-Unis et l'Arabie saoudite transcende la simple coopération énergétique de surface pour devenir une affaire géopolitique complexe qui ébranle simultanément l'ordre sécuritaire régional au Moyen-Orient et les fondements normatifs du régime mondial de non-prolifération. L'ajout par l'administration Trump, immédiatement après la signature de l'accord, de la normalisation des relations diplomatiques avec Israël comme condition de mise en œuvre, a réduit la coopération nucléaire à un outil de négociation diplomatique régionale. Combiné à la renonciation de facto à la « norme d'or » du renoncement à l'enrichissement de l'uranium, cela amplifie les craintes d'une prolifération nucléaire en cascade. Le scénario de base, qui présente la plus forte probabilité de réalisation actuelle, implique une impasse structurelle dans les négociations en raison de la question palestinienne et des variables iraniennes. Plus cette situation perdure, plus le vide normatif du régime de non-prolifération risque de s'approfondir. La Corée, en tant qu'exportateur d'énergie nucléaire, bénéficiaire du régime de non-prolifération et alliée dépendante du parapluie nucléaire américain, doit adopter une approche à double volet : défendre les principes de non-prolifération par le biais de plateformes multilatérales et se positionner stratégiquement sur le marché saoudien de l'énergie nucléaire. En particulier, une stratégie visant à présenter de manière proactive un modèle de coopération nucléaire fiable et conforme aux principes de non-prolifération est nécessaire pour accumuler simultanément une compétitivité à long terme en matière d'exportation et un capital de confiance diplomatique.
I. Analyse de la situation
Signature de l'accord nucléaire civil américano-saoudien et controverse sur la condition de normalisation des relations diplomatiques avec Israël
Analyse de la situation
1. Contexte et déroulement de la situation
Les ambitions nucléaires de l'Arabie saoudite et le contexte historique entourant la clause du « Golden Bolt »
La promotion par l'Arabie saoudite du développement de l'énergie nucléaire civile ne se limite pas à une simple stratégie de diversification énergétique ; elle est intrinsèquement liée à la vision nationale à long terme du royaume visant à remodeler l'équilibre stratégique au Moyen-Orient. L'Arabie saoudite a officiellement annoncé son objectif de construire 16 réacteurs nucléaires d'ici 2030, dans le cadre de son programme « Vision 2030 » visant à se détacher de l'économie dépendante du pétrole. Cependant, la raison principale pour laquelle le programme nucléaire saoudien suscite une vive préoccupation internationale réside dans les déclarations publiques faites par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) en 2018. Dans une interview accordée à CBS, il a déclaré : « Si l'Iran développe une arme nucléaire, nous ferons de même dans les plus brefs délais », une déclaration qui a fait de la coopération nucléaire civile saoudienne un sujet constamment abordé sous l'angle des préoccupations potentielles de militarisation.
L'enjeu central des négociations de coopération nucléaire entre les États-Unis et l'Arabie saoudite tournait autour de la clause dite du « Golden Bolt », c'est-à-dire la question de savoir si l'accord 123 (accord de coopération nucléaire basé sur la section 123 de la loi américaine sur l'énergie atomique) inclurait des dispositions sur la renonciation à l'enrichissement de l'uranium et au retraitement du combustible nucléaire usé. L'Arabie saoudite a constamment maintenu sa position selon laquelle elle ne renoncerait pas à son droit d'enrichir l'uranium à partir de ses propres réserves nationales. MBS a déclaré : « Nous avons de l'uranium et nous allons le développer pour un cycle de combustible nucléaire complet », créant ainsi un conflit direct avec les principes de non-prolifération des États-Unis. Depuis l'administration Obama jusqu'à l'administration Biden, les États-Unis ont fait de la renonciation à l'enrichissement et au retraitement par l'Arabie saoudite la « norme d'or » comme condition préalable aux négociations. Cependant, la première administration Trump a tenté d'assouplir cette norme, suscitant des inquiétudes au sein de la communauté de la non-prolifération.
Lien entre les Accords d'Abraham et les négociations de normalisation saoudo-israéliennes
Les Accords d'Abraham, signés en 2020 sous l'égide de la première administration Trump, ont conduit à la normalisation des relations diplomatiques entre Israël et des pays arabes tels que les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc. Par la suite, l'adhésion de l'Arabie saoudite aux Accords d'Abraham est devenue l'objectif principal de la diplomatie américaine au Moyen-Orient, car la reconnaissance officielle d'Israël par l'Arabie saoudite pourrait marquer un tournant structurel dans le conflit israélo-arabe. L'administration Biden a repris ces négociations et a mené des pourparlers globaux en vue d'une normalisation saoudo-israélienne en 2023, mais les négociations ont été complètement interrompues suite à l'attaque surprise du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et à la guerre subséquente à Gaza.
Ces négociations ont repris depuis l'arrivée de la deuxième administration Trump, qui a restructuré les pourparlers en proposant un ensemble comprenant des garanties de sécurité pour l'Arabie saoudite, la vente d'armes avancées et la coopération nucléaire civile. Dans ce processus, l'accord nucléaire est devenu non pas un simple document de coopération énergétique, mais un levier géopolitique pour la reconfiguration du Moyen-Orient.
2. Situation actuelle
Signature de l'accord et ajout de conditions par Trump
Le 22 juillet 2025, les États-Unis et l'Arabie saoudite ont officiellement signé un accord de coopération nucléaire civile d'une durée de 30 ans. Cet accord établit une base juridique pour la participation des entreprises américaines à la construction et à l'exploitation de centrales nucléaires en Arabie saoudite, et est superficiellement considéré comme une étape importante dans la coopération énergétique entre les deux pays. Cependant, un jour seulement après la signature de l'accord, le président Trump a fondamentalement bouleversé le cadre des négociations en déclarant que cet accord nucléaire ne serait pas mis en œuvre à moins que l'Arabie saoudite n'adhère aux Accords d'Abraham et ne normalise ses relations diplomatiques avec Israël.
Cette déclaration a immédiatement soulevé des questions quant à la validité juridique et à la crédibilité diplomatique de l'accord. Les interprétations divergeaient quant à savoir si le document signé contenait des clauses de mise en œuvre conditionnelle, ou si Trump avait ajouté des conditions politiques a posteriori. L'Arabie saoudite n'a pas officiellement accepté ces conditions, et des sources diplomatiques à Riyad ont suggéré qu'il s'agissait d'une tactique américaine visant à renforcer son pouvoir de négociation.
Maintien des conditions palestiniennes par l'Arabie saoudite
L'Arabie saoudite exige systématiquement une « voie claire et irréversible » vers l'établissement d'un État palestinien indépendant comme condition préalable à la reconnaissance d'Israël. Il ne s'agit pas d'une simple rhétorique diplomatique, mais d'une question directement liée à la politique intérieure saoudienne et à la position religieuse et symbolique du royaume dans le monde islamique. En tant que gardien des lieux saints de l'islam, La Mecque et Médine, l'Arabie saoudite subirait un coup sévère à la légitimité politique interne de la monarchie si elle ignorait l'opinion publique du monde arabe sur la question palestinienne. Dans le contexte de la guerre prolongée à Gaza et de l'augmentation des victimes civiles, il est évident qu'une normalisation des relations diplomatiques entre l'Arabie saoudite et Israël provoquerait une vive opposition de l'opinion publique arabe.
Le gouvernement Netanyahu actuel dépend de partenaires de coalition d'extrême droite opposés à la création d'un État palestinien, ce qui laisse pratiquement aucune marge de manœuvre politique à Israël pour accepter la voie proposée par l'Arabie saoudite pour la création d'un État palestinien. Cette impasse structurelle constitue le principal obstacle aux négociations.
Opposition de l'Iran et répercussions régionales
L'Iran a fermement condamné l'accord nucléaire américano-saoudien, le qualifiant de grave atteinte au régime du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP). Le ministère iranien des Affaires étrangères a averti que cet accord constituerait un dangereux précédent favorisant la prolifération nucléaire dans la région du Moyen-Orient. Du point de vue de l'Iran, cet accord va au-delà de la simple coopération nucléaire civile et est interprété comme une tentative des États-Unis de renforcer l'Arabie saoudite en tant que partenaire stratégique afin d'isoler l'Iran sur le plan régional. En particulier, alors que l'Iran lui-même fait l'objet de sanctions et de pressions internationales concernant son programme nucléaire, la fourniture d'une coopération nucléaire à l'Arabie saoudite est perçue comme un double standard typique.
3. Acteurs clés, positions et intérêts
États-Unis : Les calculs complexes de l'administration Trump
La promotion de cet accord par l'administration Trump est le résultat d'une superposition de plusieurs niveaux d'intérêts. Premièrement, les intérêts commerciaux de l'industrie nucléaire américaine jouent un rôle moteur important. Dans un contexte où l'entreprise nucléaire d'État russe Rosatom et l'entreprise nucléaire d'État chinoise CNNC étendent agressivement leur présence sur les marchés nucléaires du Moyen-Orient et mondiaux, la crainte d'un vide stratégique si les entreprises américaines n'entrent pas sur le marché nucléaire saoudien constitue la toile de fond réelle de la promotion de l'accord. Deuxièmement, Trump considère les Accords d'Abraham comme son héritage diplomatique et est fortement motivé politiquement à faire de l'adhésion de l'Arabie saoudite un succès majeur de son second mandat. Troisièmement, au sein de la communauté américaine de la non-prolifération, il existe des inquiétudes quant à l'impact négatif sur le régime mondial de non-prolifération de la signature d'un accord sans renonciation à l'enrichissement et au retraitement, ce qui crée des tensions au sein de l'administration.
Arabie saoudite : La recherche d'autonomie stratégique par MBS
La stratégie diplomatique saoudienne, dirigée par MBS, se déploie dans le sens de la maximisation de l'autonomie stratégique entre les grandes puissances telles que les États-Unis, la Chine et la Russie. L'Arabie saoudite a rétabli ses relations diplomatiques avec l'Iran avec la médiation de la Chine en 2023 et maintient sa coopération avec la Russie dans le cadre de l'OPEP+. Cette diplomatie multipolaire renforce le pouvoir de négociation de l'Arabie saoudite vis-à-vis des États-Unis tout en reflétant son intention stratégique de ne pas être assujettie à une seule grande puissance. Le refus de l'Arabie saoudite de renoncer au droit d'enrichissement dans les négociations sur la coopération nucléaire doit être interprété non pas comme une simple exigence technique, mais comme une stratégie de couverture (hedging) face aux capacités nucléaires de l'Iran. L'Arabie saoudite soutient la logique selon laquelle, si l'Iran possède des capacités nucléaires, il serait un déséquilibre stratégique que seule l'Arabie saoudite renonce à sa souveraineté nucléaire.
Israël : La position ambiguë de Netanyahu
La position d'Israël est intrinsèquement contradictoire. Bien que Netanyahu salue l'adhésion de l'Arabie saoudite aux Accords d'Abraham comme un « bond historique », il adopte une attitude ambiguë, exprimant de sérieuses préoccupations sécuritaires quant au renforcement des capacités nucléaires saoudiennes. Les experts israéliens en sécurité avertissent que si l'Arabie saoudite signe un accord nucléaire tout en conservant le droit d'enrichissement, cela pourrait créer un précédent menaçant le monopole nucléaire d'Israël (Israël, bien que n'admettant pas officiellement la possession d'armes nucléaires, est considéré comme un État doté de l'arme nucléaire de facto). Parallèlement, Netanyahu se trouve dans une situation où il est politiquement incapable d'accepter une voie vers la création d'un État palestinien en raison de l'opposition de ses partenaires de coalition d'extrême droite, ce qui constitue un obstacle majeur à la normalisation saoudo-israélienne.
Iran : Le contexte de la rivalité pour la suprématie régionale
L'Iran considère cet accord comme une tentative d'aggraver son isolement stratégique et mène une offensive diplomatique pour souligner les doubles standards du régime de non-prolifération auprès de la communauté internationale. L'opposition de l'Iran va au-delà d'une simple protestation rhétorique et reflète une préoccupation réelle quant à l'impact potentiel sur son propre pouvoir de négociation nucléaire. Du point de vue iranien, le renforcement des capacités nucléaires saoudiennes constitue une nouvelle dimension de menace dans la rivalité pour la suprématie régionale entre sunnites et chiites.
4. Résumé des enjeux clés
Enjeu 1 : Renonciation à l'enrichissement et au retraitement — Un test pour le régime de non-prolifération
L'enjeu le plus fondamental de cet accord est la question de savoir si l'Arabie saoudite acceptera les dispositions renonçant aux droits d'enrichissement de l'uranium et de retraitement du combustible nucléaire usé. L'exemple le plus solide d'accord de coopération nucléaire signé par les États-Unis avec des normes de non-prolifération strictes est l'accord de 2009 avec les Émirats arabes unis, qui ont accepté la « norme d'or » de renonciation à l'enrichissement et au retraitement. En revanche, si l'accord entre en vigueur sans que l'Arabie saoudite n'ait rejeté cette norme, cela pourrait servir de précédent pour abaisser les normes dans les futurs accords de coopération nucléaire avec d'autres pays. En particulier, des partenaires de coopération nucléaire américains tels que la Corée et le Japon pourraient utiliser ce précédent pour renégocier leurs propres droits d'enrichissement et de retraitement.
Enjeu 2 : Mise en œuvre conditionnelle de l'accord nucléaire — Problème de crédibilité diplomatique
L'ajout a posteriori de conditions politiques par Trump à un accord signé soulève des questions quant à la stabilité juridique de l'accord et à la crédibilité diplomatique des États-Unis. Les accords internationaux de coopération nucléaire sont généralement ratifiés par les parlements des deux pays, et il est inhabituel que l'exécutif modifie unilatéralement les conditions de mise en œuvre. Cela envoie un signal d'incertitude aux autres pays qui ont conclu ou sont en train de négocier des accords de coopération nucléaire avec les États-Unis.
Enjeu 3 : Lien avec les Accords d'Abraham — Impasse structurelle de la question palestinienne
Le lien entre la reconnaissance d'Israël par l'Arabie saoudite et la mise en œuvre de l'accord nucléaire se heurte directement à l'impasse structurelle de la question palestinienne. La probabilité que le gouvernement de coalition israélien actuel accepte la voie vers la création d'un État palestinien exigée par l'Arabie saoudite est extrêmement faible, ce qui signifie que les négociations ne seront probablement pas conclues à court terme. Parallèlement, ce lien complexe combine des questions techniques et commerciales de coopération nucléaire avec des objectifs politiques de haut niveau, amplifiant la complexité des négociations.
Enjeu 4 : Craintes d'une prolifération nucléaire en cascade au Moyen-Orient
Si le renforcement des capacités nucléaires de l'Arabie saoudite se concrétise, il existe une crainte de « prolifération nucléaire en cascade », car d'autres pays de la région tels que l'Égypte, la Turquie et les Émirats arabes unis seraient incités à rechercher des capacités nucléaires similaires. Le Moyen-Orient présente déjà un environnement nucléaire complexe avec la possession de facto d'armes nucléaires par Israël et le programme nucléaire de l'Iran. L'ajout des capacités nucléaires saoudiennes intensifierait le dilemme de sécurité nucléaire régional. Cela dépasse la simple question régionale du Moyen-Orient et s'étend à une question mondiale de non-prolifération qui affecte la crédibilité globale du régime du TNP.
Ce rapport a été compilé à partir de documents diplomatiques publics, de reportages médiatiques locaux et d'analyses d'experts. La situation est susceptible d'évoluer en fonction des progrès des négociations ultérieures.
II. Analyse approfondie de la situation
Signature de l'accord nucléaire civil américano-saoudien et controverse sur la condition de normalisation des relations diplomatiques avec Israël
Analyse approfondie de la situation : Analyse des causes profondes, du contexte structurel et des précédents historiques
1. Analyse des causes profondes de la situation
Le conflit entre la recherche d'autonomie stratégique par l'Arabie saoudite et la conscience de sa souveraineté nucléaire
Au cœur de la controverse entourant l'accord nucléaire civil américano-saoudien se trouve la tension structurelle entre l'« autonomie stratégique » recherchée par l'Arabie saoudite et les principes de non-prolifération défendus par les États-Unis. L'Arabie saoudite ne souhaite pas simplement acquérir la technologie nucléaire pour la production d'électricité ; elle a constamment exprimé son intention d'obtenir des droits souverains sur l'ensemble du cycle du combustible nucléaire. La mention par MBS des réserves d'uranium nationales et son intention déclarée de développer un cycle complet du combustible nucléaire démontrent que l'Arabie saoudite considère la technologie nucléaire non pas comme un simple moyen d'approvisionnement énergétique, mais comme un atout stratégique soutenant son statut de puissance régionale.
Cette perception est sous-tendue par une perception existentielle de la menace posée par le programme nucléaire iranien. L'Arabie saoudite estime que si l'Iran possède des capacités nucléaires ou s'en approche, et que seule l'Arabie saoudite renonce à sa souveraineté nucléaire, cela entraînera un déséquilibre grave dans l'équilibre des pouvoirs régional. Cela signifie que la déclaration de MBS en 2018 n'était pas une simple rhétorique, mais reflétait la logique fondamentale de la stratégie de sécurité saoudienne. Par conséquent, bien que la controverse actuelle sur l'accord puisse sembler être un problème de négociation technique concernant le droit d'enrichissement, elle est en réalité une manifestation d'une compétition géopolitique fondamentale sur qui concevra l'ordre nucléaire régional et à quelles conditions.
Affaiblissement des principes de non-prolifération américains et conflit avec la diplomatie transactionnelle
Le dilemme fondamental du côté américain réside dans le conflit entre l'objectif normatif de non-prolifération et l'intérêt réaliste de maintenir un partenariat stratégique avec l'Arabie saoudite. L'administration Trump a une tendance claire à privilégier les intérêts transactionnels par rapport aux principes de non-prolifération, et on estime qu'elle a forcé la conclusion de l'accord en renonçant de facto à la « norme d'or » de renonciation à l'enrichissement. Cette décision découle de la motivation concurrentielle des États-Unis de maintenir leur levier sur l'Arabie saoudite tout en empêchant la Chine et la Russie de s'implanter sur le marché nucléaire saoudien. Dans un contexte où l'entreprise nucléaire d'État chinoise (CNNC) et la société russe Rosatom ont activement approché le marché nucléaire saoudien, la crainte d'un vide stratégique si les États-Unis se retiraient des négociations pour des raisons de non-prolifération a joué un rôle.
L'ajout par Trump, un jour après la signature de l'accord, de la normalisation des relations diplomatiques avec Israël comme condition de mise en œuvre est un exemple typique d'approche transactionnelle visant à lier l'accord nucléaire à un paquet global de diplomatie régionale. Cela subordonne le domaine technique et normatif de la coopération nucléaire à l'objectif politique de reconfiguration des relations régionales, ce qui a de graves implications car cela pourrait affaiblir davantage le fondement normatif du régime de non-prolifération.
La question palestinienne et les contraintes de la politique intérieure saoudienne
La demande de l'Arabie saoudite d'un chemin clair vers la création d'un État palestinien comme condition préalable à la normalisation des relations diplomatiques avec Israël n'est pas simplement une question de principes diplomatiques, mais reflète des contraintes réalistes liées à la politique intérieure saoudienne et au maintien de son leadership dans le monde islamique. La monarchie saoudienne fonde sa légitimité principale sur son rôle de gardienne des lieux saints de l'islam, et toute décision ignorant le sentiment arabe sur la question palestinienne pourrait gravement porter atteinte à son autorité religieuse et politique. Dans un contexte de guerre prolongée à Gaza et d'accumulation de victimes civiles palestiniennes, il est évident que la reconnaissance inconditionnelle d'Israël par l'Arabie saoudite provoquerait une forte opposition de l'opinion publique arabe et du monde islamique. Il s'agit d'une contrainte structurelle que même le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), malgré son pouvoir considérable, ne peut ignorer facilement.
2. Contexte structurel
Structure politique : Compétition pour la réorganisation de l'ordre régional au Moyen-Orient
Le Moyen-Orient est actuellement en pleine transition vers un ordre multipolaire, où l'ordre dirigé par les États-Unis s'affaiblit et où plusieurs grandes puissances rivalisent pour étendre leur influence. Les États-Unis ont cherché à maintenir leur influence régionale et à contenir l'Iran en construisant une alliance sunnite arabe centrée sur Israël par le biais des Accords d'Abraham. Cependant, la normalisation des relations diplomatiques entre l'Arabie saoudite et l'Iran en 2023, sous la médiation de la Chine, a été un événement symbolique démontrant que l'Arabie saoudite s'éloigne d'une diplomatie unilatérale axée sur les États-Unis pour poursuivre une diversification stratégique. L'Arabie saoudite mène une stratégie de « couverture » (hedging) qui maintient la coopération sécuritaire avec les États-Unis tout en poursuivant une coopération économique et technologique avec la Chine et la Russie. Les négociations actuelles sur l'accord nucléaire doivent être comprises dans ce contexte.
La position d'Israël est également prise dans une structure politique complexe. Le gouvernement Netanyahu, tout en saluant la normalisation des relations diplomatiques avec l'Arabie saoudite comme un « bond historique », adopte une attitude ambiguë, exprimant de sérieuses préoccupations sécuritaires quant au renforcement des capacités nucléaires saoudiennes. Cela reflète la contradiction interne entre l'intérêt d'Israël à maintenir son avantage stratégique en tant que seule puissance nucléaire du Moyen-Orient et son objectif diplomatique de sortir de l'isolement régional par la normalisation des relations avec les pays arabes.
Structure économique : Compétition sur le marché de l'énergie nucléaire et pression de la transition énergétique
Du point de vue de la structure économique, cet accord doit être compris comme faisant partie de la compétition entre les grandes puissances pour le marché mondial de l'énergie nucléaire. L'Arabie saoudite a un projet de construction de 16 réacteurs nucléaires, ce qui représente un marché colossal de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Westinghouse (États-Unis), Rosatom (Russie), CNNC (Chine), KHNP (Corée du Sud) et EDF (France) sont en concurrence acharnée pour ce marché. Le fait que les États-Unis aient procédé à la conclusion de l'accord, même en assouplissant les conditions de non-prolifération, est le résultat de la crainte de perdre non seulement des avantages économiques, mais aussi toute influence technique et normative sur le programme nucléaire saoudien si ce marché était cédé aux pays concurrents.
Du point de vue saoudien, les motivations économiques sont également claires. En remplaçant la production d'électricité nationale par l'énergie nucléaire au lieu d'utiliser les revenus pétroliers pour cela, l'Arabie saoudite peut consacrer davantage de pétrole à l'exportation. L'Arabie saoudite consomme actuellement environ 700 000 barils de pétrole par jour pour sa production d'électricité nationale ; si l'énergie nucléaire remplaçait cette consommation, des revenus d'exportation supplémentaires de plusieurs milliards de dollars par an pourraient être générés. Il s'agit d'une incitation structurelle conforme aux objectifs de diversification économique de la « Vision 2030 ».
Structure sécuritaire : Crainte d'un effet domino nucléaire et course aux armements régionale
La préoccupation sécuritaire la plus grave est que l'obtention par l'Arabie saoudite du droit d'enrichissement puisse déclencher un effet domino nucléaire dans la région du Moyen-Orient. Alors que l'Iran possède déjà la capacité de produire de l'uranium hautement enrichi, si l'Arabie saoudite obtient le droit d'enrichissement, il est fort probable que d'autres pays de la région, tels que la Turquie, l'Égypte et les Émirats arabes unis, exigeront des droits similaires. Cela pourrait ébranler les fondements du régime du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). L'Iran a qualifié cet accord de « fin du régime de non-prolifération » et s'y est fermement opposé, ce qui n'est pas seulement une rhétorique diplomatique, mais inclut également un calcul stratégique visant à contrer la pression internationale sur son propre programme nucléaire.
Les préoccupations sécuritaires d'Israël sont également concrètes. Israël, en tant que seule puissance nucléaire du Moyen-Orient, craint que son avantage stratégique ne soit dilué par le renforcement des capacités nucléaires saoudiennes, tout en pesant les avantages sécuritaires découlant de la normalisation des relations avec l'Arabie saoudite. Au sein de la communauté de sécurité israélienne, la crainte que les ambitions nucléaires saoudiennes ne menacent à long terme l'avantage stratégique d'Israël est répandue, ce qui constitue le contexte structurel expliquant l'attitude ambiguë du gouvernement Netanyahu.
3. Comparaison des précédents historiques et des cas similaires
Acceptation du « Gold Standard » par les Émirats arabes unis : un point de référence
Le précédent le plus fréquemment cité dans les discussions sur l'accord nucléaire saoudo-américain est l'accord 123 entre les États-Unis et les Émirats arabes unis signé en 2009. Les Émirats arabes unis ont accepté le « Gold Standard », renonçant volontairement au droit d'enrichissement et de retraitement, en échange de la signature d'un accord de coopération nucléaire avec les États-Unis. Cet accord a été salué comme un exemple par la communauté de la non-prolifération et a servi de référence pour les négociations ultérieures des États-Unis avec d'autres pays. Cependant, contrairement aux Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite possède des gisements d'uranium nationaux et se trouve dans un environnement sécuritaire plus complexe de rivalité hégémonique régionale avec l'Iran, ce qui rend l'application simple du modèle émirati une option inacceptable pour l'Arabie saoudite.
Une autre leçon tirée de l'exemple des Émirats arabes unis est que l'acceptation du « Gold Standard » dépend de l'environnement sécuritaire du pays et de sa dépendance vis-à-vis des grandes puissances. En tant que petit État fortement dépendant de la coopération sécuritaire avec les États-Unis, les Émirats arabes unis avaient un coût relativement faible pour accepter les conditions de non-prolifération. En revanche, l'Arabie saoudite, en tant que puissance régionale, cherche l'autonomie et est en position d'utiliser stratégiquement ses relations avec la Chine et la Russie en plus des États-Unis. Cette différence est un facteur structurel qui rend la dynamique de négociation fondamentalement différente.
Accord nucléaire Inde-États-Unis (2008) : un précédent d'exception à la non-prolifération
L'accord de coopération nucléaire civile entre les États-Unis et l'Inde, signé en 2008, est considéré comme un précédent historique ayant établi une exception importante au régime de non-prolifération en accordant une dérogation au Groupe des fournisseurs nucléaires (GFN) à l'Inde, non signataire du TNP. L'administration Bush de l'époque a appliqué avec souplesse le principe de non-prolifération afin d'attirer l'Inde comme partenaire stratégique, donnant ainsi à des pays comme le Pakistan et l'Iran l'impression que le principe de non-prolifération des grandes puissances est appliqué sélectivement en fonction des intérêts stratégiques. Du point de vue de l'Arabie saoudite, l'accord nucléaire Inde-États-Unis peut être utilisé comme argument selon lequel sa demande de droit d'enrichissement n'est pas sans précédent, mais plutôt une extension de la flexibilité déjà appliquée par les États-Unis à leurs partenaires stratégiques.
La différence décisive entre le cas indien et l'accord saoudien actuel est que l'Inde a négocié en tant qu'État de facto doté de l'arme nucléaire, tandis que l'Arabie saoudite cherche à acquérir des capacités nucléaires potentielles sans posséder encore d'armes nucléaires. Cela signifie que l'accord saoudien pourrait avoir des implications de non-prolifération plus graves que le cas indien en termes d'effet domino nucléaire.
Développement nucléaire de la Corée du Nord et limites du régime du TNP : un contre-exemple
Le parcours de développement nucléaire de la Corée du Nord illustre les limites structurelles du régime de non-prolifération de la manière la plus extrême. En tant que membre du TNP, la Corée du Nord a accumulé des technologies nucléaires tout en étant soumise aux inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), avant de se retirer du TNP en 2003 et de formaliser le développement d'armes nucléaires. Ce parcours constitue une preuve historique que la coopération nucléaire civile peut être détournée vers des capacités nucléaires militaires, et il est souvent cité comme argument justifiant les préoccupations de la communauté internationale concernant la demande saoudienne de droit d'enrichissement. La crainte que l'Arabie saoudite ne se tourne vers le développement d'armes nucléaires si l'Iran parvenait à développer des armes nucléaires, comme l'a affirmé MBS, est précisément fondée sur ce précédent.
Accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) et leçons des échecs de négociation
L'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) de 2015 visait à limiter le programme nucléaire de l'Iran en échange d'un allègement des sanctions, mais il s'est effondré de facto suite au retrait unilatéral de la première administration Trump. Cette expérience a révélé des problèmes de crédibilité, démontrant que les accords nucléaires américains peuvent être fondamentalement modifiés en fonction des changements d'administration. Du point de vue saoudien, l'échec du JCPOA renforce la crainte que les accords nucléaires avec les États-Unis ne garantissent pas une stabilité à long terme, ce qui constitue une autre raison pour laquelle l'Arabie saoudite ne veut pas renoncer à son droit d'enrichissement. En d'autres termes, il s'agit d'une forme d'assurance stratégique visant à sécuriser une structure permettant de maintenir ses propres capacités nucléaires, même si les États-Unis modifient leur politique à l'avenir.
4. Variables clés de l'évolution de la question
Variable 1 : Possibilité de résolution de la question palestinienne et orientation de la guerre à Gaza
La variable la plus déterminante dans l'évolution de cette question est l'orientation de la guerre à Gaza et la résolution de la question palestinienne. Tant que la guerre à Gaza se poursuivra et que les victimes civiles palestiniennes continueront d'augmenter, il sera difficile d'espérer un changement de position de l'Arabie saoudite, qui exige un chemin clair vers la création d'un État palestinien comme condition préalable à la normalisation des relations diplomatiques avec Israël. En revanche, si la guerre à Gaza prend fin et qu'un accord concret sur la structure d'autonomie palestinienne est atteint, un espace pour la reprise des négociations pourrait s'ouvrir. Cependant, les partenaires de la coalition d'extrême droite du gouvernement Netanyahu s'opposent fermement à la création d'un État palestinien, ce qui fait de la structure politique intérieure israélienne un obstacle fondamental aux négociations.
Variable 2 : Fonction de surveillance de la non-prolifération du Congrès américain
Même si l'administration américaine applique le principe de non-prolifération avec souplesse, le Congrès peut exercer sa fonction de surveillance indépendante. Conformément à l'article 123 de la loi sur l'énergie atomique américaine, les accords de coopération nucléaire doivent être examinés par le Congrès, et si les partisans bipartisans de la non-prolifération s'opposent à un accord sans clause de renonciation à l'enrichissement, l'entrée en vigueur de l'accord pourrait être retardée ou modifiée. En particulier, les démocrates et certains républicains ont exprimé des préoccupations quant à l'affaiblissement du principe de non-prolifération, de sorte que la réaction du Congrès sera une variable importante déterminant la forme finale de l'accord.
Variable 3 : Avancement des négociations sur le nucléaire iranien
L'avancement du programme nucléaire iranien est directement lié aux ambitions nucléaires de l'Arabie saoudite. Si un nouvel accord nucléaire est conclu entre les États-Unis et l'Iran, limitant les capacités nucléaires de l'Iran, l'argument de la nécessité pour l'Arabie saoudite de renforcer ses capacités nucléaires pourrait s'affaiblir. Inversement, si l'Iran se rapproche du développement d'armes nucléaires ou si les négociations nucléaires échouent complètement, la demande saoudienne de droit d'enrichissement se renforcera, et les États-Unis seront sous pression pour l'accepter. L'orientation de la question nucléaire iranienne agit comme une variable externe déterminant les conditions finales de l'accord nucléaire saoudo-américain.
Variable 4 : Intensité de la compétition sino-russe en matière de coopération nucléaire avec l'Arabie saoudite
La marge de négociation des États-Unis dépendra de la mesure dans laquelle la Chine et la Russie aborderont activement le marché saoudien de l'énergie nucléaire. Si la Chine ou la Russie proposent à l'Arabie saoudite une coopération nucléaire globale, y compris le droit d'enrichissement, les États-Unis seront confrontés à la pression d'assouplir davantage les conditions de non-prolifération. À l'inverse, si les propositions concurrentes de ces pays sont jugées peu réalisables, les États-Unis auront un pouvoir de négociation pour adhérer plus fermement aux principes de non-prolifération. Cette variable est un facteur clé déterminant la rigidité et la flexibilité de la stratégie de négociation américaine vis-à-vis de l'Arabie saoudite.
Variable 5 : Consolidation politique intérieure de MBS et capacité de décision diplomatique
Enfin, le degré de consolidation du pouvoir politique intérieur de MBS pourrait influencer le résultat des négociations. La capacité de MBS à prendre une décision de normalisation des relations diplomatiques avec Israël, malgré les réactions négatives intérieures, et sa capacité à supporter le coût politique de cette décision sont des variables clés pour la conclusion de l'accord. Actuellement, la poursuite de la guerre à Gaza et le durcissement de l'opinion publique arabe créent un environnement où il est difficile pour MBS de prendre une décision contournant la question palestinienne. Cependant, MBS a déjà pris des décisions stratégiques inattendues par le passé, et il n'est pas impossible que son jugement personnel entraîne un changement radical dans l'orientation des négociations.
En résumé, la controverse sur l'accord nucléaire civil américano-saoudien dépasse la simple dimension d'une négociation de coopération technique pour devenir un événement géopolitique multicouche où se croisent la réorganisation de l'ordre régional du Moyen-Orient, les fondements normatifs du régime de non-prolifération et la compétition stratégique entre les grandes puissances. L'évolution de cette question sera déterminée par l'interaction des cinq variables clés présentées ci-dessus, et elle a un caractère de système complexe où aucune variable ne détermine le résultat indépendamment.
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Connectez-vous pour continuer la lecture*Ce texte est une traduction par IA d'un original rédigé en coréen. Certaines traductions ou nuances peuvent être inexactes.
Ce rapport est une analyse approfondie conçue par un chercheur de l'EAI, fondée sur une recherche rigoureuse assistée par IA et finalisée par le chercheur de l'EAI.